Synthétique, la musique d'Acid Washed nous révèle une troublante question: Peut on faire de la musique avec un Amstrad CPC 6128 ?
Pour des raisons de budget serré, le cinéaste John Carpenter se réservait le droit de composer les musiques de ses films avec un goût évident pour une efficacité binaire. Les titres de New York 1997, Halloween ou The fog sont aussi kitsch qu'ils s'incrustent durablement dans nos têtes. La musique de Carpenter est liée au succès de ses oeuvres. Il y a là une forme de cohérence et une envie de radicalité.
Les dj d'aujourd'hui apprécient cette musique volontairement artificielle. On la retrouve chez tous les artistes de l'electro qui tentent de faire revivre les années 80 et les expériences à la Kraftwerk. Acid Washed, duo parisien, donne l'impression de travailler avec les mêmes instruments que Carpenter avait en sa possession à la fin des années 70.
Acid Washed appartient à ce courant minimaliste qui pourrait faire de la musique sur un vieil ordinateur comme l'amstrad cpc 6128 ou un TO7. Cela a un mérite: Acid Washed bidouille des musiques inspirées des jeux de notre enfance (si on est trentenaire) et on se prend rapidement d'affection pour ces deux petits gamers de l'electro.
Car les deux rigolos du groupe ne sont pas simplets comme une petite boule dans Arkanoïd et ne perdent pas la tête comme dans Barbarians. Les parisiens réalisent de petits hits parfois étonnants comme le groovy Snake (encore la trace de Carpenter), le eighties The rain qui ferait flipper Sebastien Tellier et l'hypnotique Snows Melt.
On a le droit de s'ennuyer résolument mais dès la deuxième écoute, le disque laisse des mystères se découvrir et d'autres se former. Les boites à rythme ne sont pas arides. Les chansons ont plusieurs couches qui se superposent astucieusement.
Ce n'est pas de la techno mainstream. C'est un disque de passionnés. Il observe avec malice la date de naissance du genre. Il se fonde sur de solides et évidentes fondations. Les samples ont du coeur.
Froide, la musique d' Acid Washed a quelque chose de réconfortante. Elle est une mémoire vive d'une drôle d'époque où Tron sortait au cinéma et Afrika Bambaata inventait de curieux mélanges musicaux! En attendant, ce disque donne l'envie de descendre à la cave pour voir s'il y a pas un vieux vestige électronique qui traine dans un carton.
Un CPC 6128 ça serait le pied !