Après le coffret Max Pécas, continuons notre visite des navets les plus spectaculaires. Puisque le soleil va vous surchauffer les neurones durant l’été, autant s’achever en beauté. C’est l’immense qualité d’Ace Ventura en Afrique, film qui a beaucoup amusé Jean Luc Godard à sa sortie.
En 1996, lorsque l’on demande au réalisateur du Mépris quel est le film qui l’a le plus marqué dans l’année, il répond avec son légendaire flegme, Ace Ventura en Afrique. Il dit avoir beaucoup ri. Le fer de lance de la Nouvelle Vague est fan de cette grosse tête à claques de Jim Carrey.
A l’époque, il n’était pas encore l’acteur de Truman Show, Man on the Moon ou Eternal sunshine of the spotless mind. Il avait connu la gloire avec le succès mondial de The mask. Dumb & Dumber se vautrait dans le mauvais goût et fut mal jugé par la critique et les spectateurs. Le premier Ace Ventura ne reposait que sur le corps élastique de l’acteur. Enfin, Carrey nous avait léssivé dans le puissant vomitif qu’était Batman forever.
A sa sortie, Ace Ventura en Afrique laissait sceptique. Le film américain jusqu’au bout des ongles, y pratiquait un doudouisme douteux où seul l’homme blanc est capable d’aider les pauvres noirs d’Afrique, malmenés par de vilains blancs machiavéliques.
Le spectacle apparaît comme pauvre et assez méprisable. Pourtant le film laisse transparaître des indices sur l’humour qui explosera plus tard avec les frères Farrelly et les succès de Ben Stiller. Finalement, Jim Carrey et son auteur, le fantasque Steve Oedekerk malmènent le spectateur avec des gags assez subversifs.
Le film devient suspect dans une scène hilarante d’imbécillité où une mignonne famille américaine confond un vrai rhinocéros avec un faux où Ventura est caché à l’intérieur. La famille pense que la bête va accoucher alors qu’en réalité c’est le détective qui va sortir tout nu par l’arrière de manière peu discrète. L’écoeurement des parents est total.
A partir de cet instant, la pantalonnade devient presque une critique acerbe de la supériorité et de la pensée unique occidentale. Le héros comme les autres méchants tombent dans ce mal, depuis largement vérifié. Et cela provoque des gags aussi caricaturaux que jusqu’au-boutistes. Oedekerk et Carrey se moquent allégrement de tout, avec une énergie puérile qui force le respect. La couillonnade est d’un tel niveau, qu’elle est la preuve d’intelligence.
Tant de stupidité dans un si petit film (réalisation pauvre, production légère) devient un acte de révolte. Ace Ventura en Afrique ou la révolution par le crétinisme.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 11/06/2007