Grand-mère du jazz, Abbey Lincoln berce l’auditeur avec une collection de chansons écrites par elle-même ces quinze dernières années. Reposées et reposantes, ces mélodies sont un pur moment de bonheur !
Dans le jazz vocal, il n’y a pas que des mignonnes pianistes se prenant pour Billie Holiday. Abbey Lincoln est la parfaite antithèse de ce cliché. On accuse souvent l’industrie du disque de se vautrer dans le pire jeunisme. A 76 ans, Abbey Lincoln est fraîche, espiègle et séduisante.
Son nouveau disque n’est pas vraiment un disque de jazz. Ce n’est pas de la pop. On est proche du folk. Marié au batteur Max Roach, la chanteuse s’est fait connaître pour son jazz inattaquable. Sa voix divine convoque immédiatement les géantes du jazz vocal et Abbey Lincoln fut longtemps considérée comme une immense interprète.
En compositrice, elle se débrouille très bien. Lâchant ses références, la chanteuse de Chicago fait preuve d’une sensibilité éclatante. Si on excepte le premier morceau, tous les titres sont signés par Lincoln. Ils sont tous marqués d’une touchante délicatesse.
L’humanité transperce chaque note. Les intonations de la chanteuse traversent les esprits et les cœurs. Ses chansons sont faits de petits conseils sur l’existence et la musique. Ce n’est pas nouveau mais Abbey Lincoln a une voix chaude et caressante.
La musique d’Abbey Lincoln n’est jamais démonstrative. Le disque est doux et relaxé. Les chansons sont des esquisses. Les instruments ne s’essaient jamais à des morceaux de bravoure. Ils accompagnent discrètement mais sûrement la chanteuse comédienne.
L’aspect apaisant des compositions rend nécessaire l’écoute de cet album. Rapidement, on s’y sent bien. En confiance. Le regard juste et serein d’Abbey Lincoln rassure. Lincoln assume de son statut de grand-mère attentive, pleine de désillusions mais de judicieux conseils. The music is the magic. Abbey Lincoln est une très grande magicienne !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 18/06/2007