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Vendredi 18 Mai 2012Cinéma

 A cosa nostra

A cosa nostra

Francesca COMENCINI

Avec Valeria Golino, Lucca Argentero, Laura Chiatti et Luca Zingaretti - MK2 diffusion – 18 avril 2007 – 1h39

Et ta critique ?




Moribond depuis plusieurs décennies, le cinéma italien retrouve doucement la forme. La fille du regretté Luigi Comencini s’essaie au film choral avec réussite mais hélas, avec un peu trop d’ambition aussi.


Il n’y a donc pas qu’en France que les réalisateurs se rêvent en Robert Altman, réalisant Short cuts. De l’autre coté des Alpes, Francesca Comencini, récemment endeuillé par la disparition de son père, a elle aussi des envies de synthèse et de constat aigre doux.

A cosa nostra suit le destin d’une dizaine de personnages. Il y a une femme flic qui voudrait être aimé d’un dj prétentieux ; un homme d’affaires véreux qui voudrait rendre le sourire à sa femme ; sa maîtresse qui va découvrir les dangers de la tromperie ; un magasinier qui va se rêver être au service de la mafia ; un pompiste amoureux d’une prostituée ou un vieux retraité amoureux de sa femme au point d’énervé les impôts.

Tous ses personnages se croisent ou s’affrontent dans la ville de Milan. Les pourris ne le sont pas totalement et les vertueux ont des faiblesses. La multitude de personnages permet un regard nuancé sur la société italienne et Francesca Comencini réussit à observer l’Italie de Silvio Berlusconi.

C’est ce qu’il y a de mieux dans A cosa nostra. Ne vous fiez pas aux faux airs de polar. La réalisatrice, aidée par sa sœur, offre une vision de Milan assez fascinante que l’on pourrait retrouver dans les films noirs. Les quartiers sont plus ou moins sombres. Ils révèlent les situations multiples et pourtant si proches des personnages. Milan est un labyrinthe où se perdent des drôles de victimes. D’ailleurs certains puissants de la ville ont tenté d’interdire le film.

Cela aurait été dommage, le film se permet d’échapper à tout manichéisme. Comencini ne fait pas dans le mélodrame larmoyant. Son histoire s’articule sur des personnages complexes où les zones d’ombre sont les plus intéressantes. Sans voyeurisme, le film rentre dans l’intimité de héros simples et seuls.

C’est là, la limite du film. La fin est totalement ratée à cause d’un étrange sentiment moralisateur qui se dégage. Comencini a du talent pour décrire la corruption et la solitude qui rongent l’Italie mais elle se plante en essayant de conclure un récit qui n’avait besoin d’être soudainement démonstratif. C’est finalement cette conclusion trop amère qui reste en mémoire.

Francesca Comencini a été peut être trop ambitieuse. Elle a néanmoins du talent. Cela fait un de plus qui confirme la remise en forme du cinéma transalpin.


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 19/04/2007