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Vendredi 18 Mai 2012Cinéma

 A bord du Darjeeling limited

A bord du Darjeeling limited

Wes ANDERSON

Avec Owen Wilson, Adrian Brody, Jason Schwartzmann et Barbet Schroeder - 20th century Fox - 19 maris 2008 - 1h45

Et ta critique ?




On aime à suivre le parcours de ces réalisateurs qui donnent une perspective nouvelle et réjouissante au septième art. Wes Anderson est de ceux-là. Avec le trip religieux de trois frères en déshérence, il continue de convaincre sur son talent.


Après une fable ironique sur le passage à l’âge adulte, une chronique absurde mais touchante d’une famille déjantée et la biographie décalée d’un expert des fonds marins, on attendait au tournant le réalisateur de ces petits bijoux d’humour noir. Fidèle à lui-même, il a décidé de faire quelque chose de complètement différent, encore une fois.

L’action débute en Inde (où à Paris, si votre salle a la chance de diffuser le petit court métrage introductif au film), dans un taxi emmenant un Bill Murray pressé à la gare où son train l’attend. Mais il ne l’attrapera pas. Il ne fait qu’une apparition en forme de clin d’œil (il avait joué dans tous les Wes Anderson auparavant, la transition se devait d’être douce) où il passe le relais à Adrian Brody qui monte in extremis dans le Darjeeling Limited, transposition indienne de l’Orient Express.

Cet angoissé chronique, futur papa et cleptomane à ses heures perdues, retrouve dans un wagon son frère cadet, écrivain taciturne, et son aîné, le chef de cette petite famille, rescapé d’un accident de la route. C’est ce dernier qui a eu l’idée de rassembler la fratrie pour un pèlerinage spirituel censé les rapprocher les uns des autres et accessoirement, pour retrouver leur mère.

Comme d’habitude, la trame scénaristique n’est qu’un artifice pour rassembler une troupe hétéroclite de personnages hauts en couleurs. Les acteurs, excellemment choisis, cultivent l’absurde à chaque scène et donnent tout le charme andersonien (à ce rythme, le néologisme risque de passer dans le langage courant) à ce long-métrage. Les adeptes de l’auteur déploreront une atmosphère moins baroque et subversive mais la finalité n’est, après tout, plus la même.

On sent dans ce projet, quelque chose de plus personnel et spirituel qui accompagne avec force empathie les protagonistes dont nous suivons les tribulations. Avec moins de recul dans la narration, la mélancolie devient alors un thème central et donne à l’ensemble une dimension universelle à laquelle les habitués de l’auteur ne devaient pas s’attendre.

Reste toujours cet humour dont la finesse rappelle les meilleures années de Woody Allen, la virtuosité des plans séquences, la signature esthétique du maître et un accompagnement sonore toujours aussi présent et original. Des plans hommages au cinéma de Bollywood complètent un tableau totalement dépaysant en harmonie parfaite avec les codes visuels d’une Inde kitsch.

En maîtrisant un sujet délibérément simple et une mise en scène caractéristique, Wes Anderson réussit à nous transporter dans son monde dont on aimerait qu’il ressemble un peu plus au nôtre. On ne peut qu’attendre le prochain film avec une impatience difficilement contenue.


Vince Valat

© Etat-critique.com - 17/03/2008