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Vendredi 18 Mai 2012Art-scène

 A Mary Wigman Dance Evening & Dominos and Butterflies

A Mary Wigman Dance Evening & Dominos and Butterflies

Compagnie BUSY ROCKS

Théâtre de la Bastille

Et ta critique ?




Au Théâtre de la Bastille, deux créations jumelles de la compagnie Busy Rocks. Tout semble opposer les deux spectacles et pourtant un même esprit de précision et de rigueur justifie pleinement la complémentarité des deux pièces.


Les 5 danseurs du collectif Busy Rocks proviennent tous de l’école P.A.R.T.S (fondée à Bruxelles par Anne Teresa de Keersmaeker en 1995) et en perpétuent le sens d’abstraction et de clarté de la mise en scène des corps, ainsi qu’une certaine ironie – légère mais déterminée – dans leur propos chorégraphique.

Dans le solo "A Mary Wigman Dance Evening", le danseur équatorien Fabián Barba rejoue neuf pièces lapidaires de la danseuse allemande.

La reprise à l’identique des chorégraphies éclair de la danseuse expressionniste des années 30, de son énergie totalisante et sacrée, par un jeune homme formé au sein de la danse contemporaine des années 2000, acquiert quelque chose d’extrêmement captivant : un décalage de genre bien significatif, alors que l’imitation apparaît tout à fait réussie et profondément éloquente.
Qu’est-ce qu’il reste du style expressionniste ?
Quel sens donner à la reproduction des chorégraphies de Mary Wigman à un siècle de distance – et de la part d’un homme ?
Un questionnement marquant autour de l’histoire de la danse et de sa transmission, une vision flagrante du temps passé, du changement produit dans la conception de la mise en scène d’une chorégraphique et de son appréhension par le public.
La désacralisation actuelle du spectacle vivant n’en serait finalement pas une ?
Quelque chose de cette ineffabilité liturgique resterait peut-être toujours latente et susceptible de se manifester si accompagné d’un subtil questionnement de genre ?

"Dominos and Butterflies" effectue le chemin contraire afin d’interroger les mêmes principes : les 5 danseurs, habillés de manière très sportive, accueillent le public avec affabilité, ensuite commence le jeu de dominos entre leurs corps.

Les mouvements des danseurs - traités à l’instar d’objets inanimés dont le déséquilibre constitue le fondement du jeu chorégraphique - suscitent l’hilarité des spectateurs. La mécanique des corps dévoile toute ses possibilités, toute son ironie. Et pourtant, le côté comique - très réussi - de cette création, soutenu par la logique solide avec laquelle est développé l’idée de jeu des dominos, révèle visuellement le lien étroit entre abstraction et figuration, entre l’être humain et l’objet. Et des instants de sacré surgissent ici et là, grâce à l’enchantement produit par l’articulation entre la surprise continuelle des mouvements effectués et la rigueur globale de la mise en scène.





Gloria Morano

© Etat-critique.com - 09/03/2011