Fin 1963, la Beatlemania en Grande-Bretagne est devenue une affaire assez juteuse pour pouvoir projeter de tourner un film avec ces idoles du moment, les Beatles...
Pas question d'y mettre trop d'argent : le film sera tourné en noir et blanc, mais avec un metteur en scène talentueux, Richard Lester, qui saura tirer parti du budget réduit et des capacités d'acteur limitées des Beatles : le résultat sera A hard day's night, le premier film rock salué unanimement par la critique, à l'inverse des produits de série tournés par les stars des années 50.
Le propos du film est tout simplement de raconter de manière humoristique une journée "banale" des Beatles (concerts, répétitions, cocktails, techniques ingénieuses pour échapper aux foules à leurs trousses...). Il est donc naturel qu'il comprenne de nombreuses chansons. John Lennon et Paul McCartney ont ainsi composé 13 nouveaux titres, dont 7 se retrouveront dans le film et sur la face A de l'album, les 6 autres se retrouvant en face B.
Ce nouvel album montre une fois de plus la progression musicale évidente des Beatles : les techniques d'enregistrement s'affinent, les instruments se diversifient (plusieurs titres sont à dominante acoustique) des sons originaux commencent à apparaître (en particulier dans les percussions), et surtout, la plupart des compositions montrent que les Beatles sont, début 1964, à des années-lumière de leurs contemporains. Une majeure partie des nouvelles chansons sont des perles pop au sens le plus noble du terme : accrocheuses, énergiques et mélodiques, comme Can't buy me love, I should have known better, Any time at all ou le morceau-titre A hard day's night (cette expression, "une dure journée de nuit", viendrait de Ringo, après un jour de tournage s'étant prolongé tardivement).
Si John se taille la part du lion dans les nouvelles compositions, Paul montre son talent pour les ballades, avec le classique et hispanisant And I love her, et Things we said today, dans un mode mineur inquiétant, sur fond d'interrogation quasi-existentielle : l'amour peut-il durer ? Au rayon ballades, I'll be back, qui termine l'album, est aussi une petite merveille inconnue ou presque.
Reste une poignée de compositions qui ne sont pas du même niveau, comme le très niaiseux I'm happy just to dance with you, chanté par George et écrit par John (qui déclarera : "Je n'aurais jamais chanté ça moi-même") ou When I get home. Mais la vitalité de l'interprétation finit par emporter l'adhésion, même sur ces morceaux "secondaires".
En définitive, l'album A hard day's night présente les Beatles dans leur première période au meilleur de leur forme, et il n'y a finalement rien à jeter dans ces 30 minutes 30 secondes de bonheur !
Yann Darson
© Etat-critique.com - 05/08/2008