Aventurier du piano, le jeune prodige arménien signe un quatrième album envoutant qui raconte de jolies histoires.
Tigran Hamasyan joue de la musique depuis qu’il a quatre ans. A treize ans, les bonnes fées Chick Corea et Avishai Cohen remarquent son talent. Ensuite il quitte Erevan en Arménie pour faire ses études à Los Angeles à la Thelonious Monk Institute of jazz.
Rapidement, il se fait remarquer. Son style conserve ses racines arméniennes et le jeune homme aime les mélanges risqués. Avec un groupe de courageux musiciens, il emboite du jazz avec du métal. Tigran Hamasyan est un petit génie heureux et culotté. Sûr de son talent, il revient pour son premier album pour une grosse compagnie, Verve, vers des exercices plus traditionnels.
Ils restent de toute beauté. Hamasyan réagit dans ses chansons comme Keith Jarrett. Il murmure entre deux notes. Au hasard de son inspiration. Il vibre et nous aussi. Il nous invite à l’écouter et découvrir ses fables.
Elles forment un tout. Le tempo selon les morceaux varie. Certains sont clairement introspectifs, d’une lenteur calculée. Ils sont poursuivis par des courtes envolées splendides où toutes les influences se bousculent. Il surprend à chaque nouvelle chanson.
Il possède une pointe de pop qui énervera les puristes du genre. Il a aussi toute son identité dans ses influences courageuses et évidentes. Il a fréquenté les plus grands du jazz. Il respecte le passé mais ne se trahit jamais et n’a pas peur d’oser des notes inédites et des idées folles.
Ses fables sont lumineuses et magnifiquement écrites. Chaque titre est une histoire. L’Arménien est à l’aise dans le dépouillement. Seul avec son piano, il se permet une expressivité qui prend rapidement l’auditeur par la main et l’embarque dans un grand poème sonore où la technique se met au service du folklore.
Chaque morceau pourrait être un chapitre qui nous captive un peu plus à chaque fois. Et quand l’intérêt pourrait baisser au milieu du disque, il invite une princesse (reprise étonnante de Someday my prince will come) pour donner de l’ampleur à son épopée.
C’est un disque intime et spectaculaire à la fois. Comme une belle histoire, elle nous invite au rêve et aux voyages. Ce disque souffle sur nos beaux souvenirs et nos envies d’ailleurs. Bizarrement on pense à William Sheller et ses machines absurdes, ses chansons douces et symphoniques. Comme lui, Tigran Hamasyan s’adresse avec élégance à son public.
On apprécie la démarche et on admire ce disque, premier choc de l’année !