Après diverses tentatives de qualité variable, le western tente à nouveau de s’inscrire dans le XXIème siècle. Après la biographie de Jesse James, il n’est plus question d’une réflexion éthérée et esthétisante sur l’humanité. Du old school en quelque sorte.
Une attaque de diligence. Quelques morts, un cheval explosé à la dynamite (pour justifier l’utilisation imposée d’effets spéciaux), des exécutions sommaires. Le chef des bandits, dandy viril s’adonnant au naturalisme pictural (le dessin de la faune et de la flore, pas le nu), sera vite arrêté pour être envoyé à Yuma afin d’y être jugé et pendu, mais pas forcément dans cet ordre.
Pendant ce temps, un pauvre cow-boy (l’éleveur de bétail, pas le justicier solitaire) a des problèmes de dettes avec des huissiers revanchards et pyromanes. Afin d’assurer un avenir moins hypothéqué à sa famille, il va accepter de faire du baby-sitting pour futur condamné à mort, poursuivi par une meute de brigands sanguinaires relativement contrariés par le sort réservé à leur chef. Ah oui, le train qu’ils doivent prendre part à 15h10 pour ceux qui s’interrogeaient sur le titre du film.
Du passé peut-on faire table rase ? C’est un peu le sujet de philosophie qui sous-tend le propos du long-métrage. En partant d’une trame simple (l’escorte d’un dangereux criminel vers son lieu de potence), le réalisateur ne cherche pas à remettre en cause les schémas préétablis. De ce fait, on est en droit de se demander qu’est ce que cela peut apporter à un genre déjà bien fourni.
Or, ce road-movie équestre dans le grand Ouest américain passe à côté de certains thèmes intéressants, privilégiant un rythme soutenu à un discours nécessaire. Ainsi, les indiens farouches veulent tuer l’homme blanc par pure barbarie et les esclaves chinois construisant le réseau ferré font de la figuration silencieuse. A croire que l’évocation se suffit à elle-même et que les ellipses sont naturellement pleines de sens.
Alors que les morts violentes se suivent et finissent par se ressembler un peu, le choix de la distribution prend toute sa dimension. Christian Bale en cow-boy est-il plus crédible qu’en Batman ? Russel Crowe en bandit/artiste est-il plus sauvage que dans Gladiator ? La réponse est heureusement oui. Ce western fonctionne bien sur ce « couple » improbable et l’ambivalence du méchant dans une approche moderne des codes cinématographiques est rafraîchissante même si elle est artificielle.
Avec des paysages superbes (mais on aura du mal à créditer la production du film pour ça) et un final qui se veut anthologique mais qui devra se contenter d’être juste bon et original (ce qui est déjà bien), le constat est loin d’être tout à fait positif. A hésiter trop longtemps entre les inspirations de John Ford (pour le symbolisme) et de Sergio Leone (pour le cynisme), le metteur en scène ne réussit pas à unifier un récit un peu moribond.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 24/03/2008