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Vendredi 18 Mai 2012Cinéma

 35 rhums

35 rhums

Claire DENIS

Avec Alex Descas, Mati Diop et Nicole Dogue - 18 Février 2009 - Wild Bunch Distribution - 1h 40

Et ta critique ?




Un film sensible et dépouillé qui capte le moment de la séparation entre un père, veuf, et sa fille qu'il a élevé seul, comme on filme une histoire d'amour simple et émouvante.


Et si les histoires d'amour, les histoires de couple ne s'inscrivaient pas toujours dans la géographie balisée des amants éternels ou déchirés ? Et si un homme et une femme pouvaient s'aimer d'amour tendre et exclusif, liés par une indestructible affection née d'un drame originel également partagé ? Et si on pouvait raconter leur histoire en s'affranchissant des codes du genre ?

C'est le pari, un peu fou et très touchant, que fait Claire Denis en nous présentant Lionel (Alex Descas), conducteur de RER quinquagénaire et sa fille, Joséphine (Mati Diop), étudiante appliquée. Ces deux-là vivent côte à côte, l'un pour l'autre, tenant à distance le monde extérieur, restant sourds aux avances, aveugles aux occasions… Pourtant, les années passent et le moment de se quitter est proche.

Avec ce mode de narration si personnel qui laisse la part belle au spectateur, à son vécu et à son imaginaire, Claire Denis lève délicatement le voile sur le petit monde de son "couple" improbable et attachant.

Un dîner dans la cuisine, un pot de départ à la retraite, un cours à la fac, un petit boulot chez Virgin, un concert raté… Les instants de vie, les petits riens, les banalités qu'elle met bout à bout construisent, par touches successives, un univers à la fois naturaliste et poétique qui est sa "marque de fabrique" inimitable.

On ne parle pas beaucoup, dans 35 rhums, on ne fait pas de grandes phrases, mais on n'en exprime pas moins de profonds sentiments, une extrême sensibilité. Ce cinéma dépouillé, sans artifice, nous touche avec d'autant plus de force qu'il s'offre à nous dans toute sa quotidienne nudité, son humaine fragilité. Claire Denis nous fait cadeau d'un poème urbain qui chemine, comme le RER de Lionel, le long de voies interminables menant ou quittant la ville (la vie) sans faire de bruit.


Joel Fomperie

© Etat-critique.com - 02/03/2009