Péplum numériquement modifié, 300 en met plein la vue pendant deux heures. Après le remake de Zombie, Zack Snyder adapte Frank Miller et fait des grands titres du genre, des antiquités. Reste à savoir si la modernité est une qualité.
Comme Sin City, la nouvelle adaptation d’une bande dessinée de Frank Miller est en grande partie régie par ordinateur. Révolution industrielle, avec le tout numérique, les auteurs peuvent réduire leur budget et s’offrir une plus grande liberté avec les studios hollywoodiens. Pour 60 millions de dollars, Zack Snyder vient de réaliser un péplum qui redéfinit le terme «épique» et qui cartonne au box office.
Car Snyder concentre toute son énergie et son argent à l’essentiel : le spectacle. Il est démesuré et grandiloquent. 300 Spartiates, mené par Leonidas, défendent leur terre face à des milliers de Perses. La bataille de Thermopyles, déjà adapté en 1962, permet à Snyder d’exploser les conventions.
Il colle à la vision délirante de Frank Miller. Son film est graphique jusqu’au grotesque. Les amateurs de crédibilité seront consternés mais ici, la seule ambition, c’est la description stylisée de Miller. Enorme, outrancier et presque monstrueux, 300 ne ressemble à rien de connu. Il s’apparente à un maelstrom de hargne et d’excès.
Certaines scènes sont ultra jouissives. Les combats sont stupéfiants. Snyder ne lésine pas sur les effets les plus voyants et justifie ses choix avec des personnages plus iconiques qu’habités. A ce propos, Gerard Butler, acteur charismatique piégé dans des nanars (Lara Croft 2, Prisonniers du temps), interprète magnifiquement un Leonidas au bord de la folie. En hypertrophiant le péplum, Zack Snyder offre une œuvre fascinante.
Hélas, elle est aussi lassante. Collant à la fureur de la guerre, la mise en scène peut être aussi taxée de pompeuse. Le numérique fait des merveilles mais se révèle aussi trop voyant à l’écran. Les fautes de goût sont nombreuses et arrachent le spectateur aux enjeux du film. A force de trop en faire, le réalisateur finit aussi par fatiguer. Les pirouettes et la grandiloquence surchargent l’ensemble.
Sans nuance, le film déçoit sur la description de Sparte, société guerrière, un peu fascisante et va t en guerre. Toute ressemblance avec l’Amérique est évidemment fortuite mais le propos manque d’ironie et on ne sait pas trop quelle est la morale du film.
Le Spartiate se différencie des autres car il a « un sens exacerbé des choses ». 300 imite son héros et défonce littéralement le péplum avec une grâce pachydermique et une envie de nouveauté. Si le film provoque des émotions, il est dommage qu’elles soient trop contradictoires.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 21/03/2007