Après Père et Fils, Michel Boujenah retrouve facilement ses marques avec une comédie légère à la française. Malheureusement, la très bonne interprétation n’aide pas à la digestion d’un récit assez lourd et peu intéressant.
Peut-on encore chanter l’amitié ou le cinéma en a-t-il déjà trop fait ? Qu’elle soit virile, sincère, intéressée, ambiguë, superficielle ou étrange, ce sentiment humain est nécessairement à la base de beaucoup de fictions, même les plus improbables (revoyez Alien versus Predator dans cette optique pour vous en convaincre). Donc à vouloir faire un film qui ne traite QUE d’amitié, on se demande un peu ce que cela va donner.
Au scénario et à la réalisation, Boujenah prend donc trois amis joués par trois bons acteurs (la toujours rayonnante Mathilde Seigner et les excellents Kad Merad et Pascal Elbé) et met leur relation à l’épreuve du quotidien. Comme il n’y a pas de quoi remplir une heure et demie avec ça, il va falloir pimenter un peu.
Alors le premier est un PDG accompli mais qui plonge dans la dépression quand sa femme le quitte, le deuxième est un magnifique looser qui vit dans un autre monde et la troisième est une névrosée à la recherche de ses parents biologiques.
Cela ne se révélera pas suffisant et le réalisateur devra remettre encore un peu la main à la pâte pour étoffer le tout. C’est cette impression de gavage du spectateur qui finit par être étouffante. Craignant l’ennui de l’adulte consentant qui a payé sa place, accompagné probablement de la petite famille, Boujenah rajoute sans cesse des éléments à la volée pour tenter d’accrocher un rire ou une larme.
On se demande pourquoi avoir choisi de bons acteurs pour ne pas les laisser s’exprimer librement (et les habiller comme des sacs). Alors que ce film était fait pour des moments d’improvisation totale, on doit se contenter d’un formatage très télévisuel (après tout ce n’est que du retour sur investissement, TF1 et TPS ayant financé la majeure partie du long-métrage). Le film ne décolle jamais vraiment et finit par ressembler à un patchwork de scènes déjà vues maintes fois. Il faudra chercher l’originalité ailleurs.
Pour sa défense, un sujet aussi vaste (et vague) ne pouvait pas réellement donner un film consistant. Mais alors, qu’allaient-ils faire dans cette galère ? Au fond, c’est une œuvre de grand sensible qui s’est fait déborder par une production avide de nouveautés à couper en deux pour la première partie de soirée du dimanche.
Si vous avez besoin de votre dose de films français à consommer en famille, vous pourrez y trouver quelque chose. Et puis, finalement, les bons sentiments n’ont jamais provoqué la mort de personne. Juste celle de quelques neurones.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 26/08/2007