Avec Joan Chen, Zhao Tao et Lu Liping - Ad Vitam - 18 mars 2009 - 1h47
Et ta critique ?
A trop intellectualiser ses intentions, Jia Zhang Ke en oublie de donner du sens et du fond à un docu-fiction qui se veut "emblématique" de l'Histoire contemporaine de la Chine.
Au début des années 50, l'usine d'armement 111, trop proche de la frontière nord de la Chine et du front de la guerre de Corée, déménageait à Chengdu, à quelques milliers de kilomètres de là. Ainsi était créée l'usine 420... et déplacés l'ensemble des ouvriers ! Soixante ans plus tard, dans une Chine en mutation accélérée, l'usine 420 et sa cité ouvrière modèle disparaissent pour laisser place à un complexe d'appartements de luxe : 24 City.
Jia Zhang Ke s'est emparé de cette histoire emblématique pour tenter de brosser, à sa manière, un tableau édifiant de l'Histoire de son pays.
Sa manière ? Un docu-fiction mêlant, sans les distinguer à l'écran, les témoignages d'ouvriers authentiques et d'acteurs interprétants des ouvriers. Trois générations, huit personnages, plans fixes et monologues alternant le symbolique à portée universelle et l'intimiste aux limites de l'anecdotique.
"Cette histoire est simultanément construite par les faits et par l'imagination. Je ne cherche pas à organiser l'histoire mais à comprendre cette expérience socialiste, qui dure depuis près de 100 ans et qui a affecté le destin du peuple chinois. Afin de comprendre ces changements sociaux complexes, il faut écouter avec attention les témoignages des protagonistes. Ce film retourne au langage. Pour certains, la "narration" doit se traduire en mouvements capturés par la caméra. J'aimerais que les sentiments les plus profonds et les expériences les plus complexes soient exprimés par la narration. Je pense que chacun y trouvera une part de soi-même..."
Hélas, le procédé fonctionne à vide ou presque et peine à quitter les chemins de traverse de la superficialité narrative. Et si "chacun y trouve une part de [lui]-même", c'est avec la même pertinence que l'horoscope des magazines féminins qui, à force de généralités, touche immanquablement l'un ou l'autre des points sensibles de ses lectrices. Trop soucieux de théoriser son intention, Jia Zhang Ke oublie le public, oublie même ses acteurs ou les propos dont ils sont porteurs pour consacrer l'essentiel de son énergie à justifier son part-pris de mise en scène.
Le résultat est très décevant et dit très peu, trop peu sur un sujet passionnant que l'on aurait aimé survoler de moins haut, que l'on aurait aimé pénétrer au coeur. Comme Claire Simon avait réussi à le faire avec un procédé proche (des acteurs rejouant des scènes réelles d'entretiens entre consultants et conseillères du planning familial) dans Les bureaux de Dieu. Comme Jia Zhang Ke échoue à le faire dans 24 city.