Artemisia – Musée Maillol
Mai03

Artemisia – Musée Maillol

La force d’un point de vue féminin au XVIIe siècle. Artemisia Gentileschi est une artiste. L’exposition la suit au travers de ses voyages, de Naples à Rome en passant par Florence. Dès l’entrée dans le musée Maillol de Paris, la force des sujets et des thèmes représentés frappe l’œil du visiteur.Suzanne et les vieillards prévient le visiteur, pas de silence, de fuite, d’acceptation ou de renoncement. La femme choisit. Ici, la femme refuse les avances des deux vieillards comme la Nymphe Corisca échappe théâtralement par la ruse au puissant Satyre. Les vieillards la font accuser d’adultère mais défendue durant le procès elle est innocentée et les vieillards sont condamnés. La prise de risque de cette décision est assumée, comme le style et les expressions picturales d’une étonnante justesse. Le bleu lapis-lazuli des tissus annonce la couleur du reste de l’exposition. Le bleu éclatant de lumière réapparaîtra dans plusieurs autres œuvres marquantes. Superbe peinture sur pierre du père d’Artemisia, le David méditant devant la tête de Goliath, injecté de bleu outre-mer lapi-lazuli est à vous couper le souffle. Le choix des thématiques peintes met en scène la femme en position centrale avec à chaque fois une audace érotique qui éveille. Bethsabée au Bain resplendit, tourne le dos à David et choisit de se montrer au spectateur. En embuscade, la passion extrême veille, pouvant entraîner la femme jusqu’à la mort. Plusieurs Cléopâtre sont exposées. Cléopâtre humiliée préfère mourir que d’accepter l’échec amoureux. La femme impudique s’expose nue à la mort sur une étoffe rouge dans un cas ou allongée morte dans une étoffe bleue, dans l’autre cas. L’aspic est présent. Le bleu somptueux se heurte à la couleur blanchâtre de la peau. Les corps des femmes plantureuses sont offerts à l’œil du visiteur dans des postures et des angles de vue inhabituels. Les inclinaisons des têtes donnent aux visages une fragilité, une attitude pensive, lunaire comme dans la Madeleine pénitente. Appuyée sur une tête de mort, la femme telle une Hamlet s’évade de la toile. Une Cléopâtre assise et mélancolique plonge dans une méditation tragique, aspic dans la main. Danaé s’abandonne à Zeus qui apparaît sous une pluie d’or et la féconde. Artemisia va jusqu’à peindre les pièces d’or sur le pubis de Danaé. L’œuvre est tout simplement magnifique. Mais la femme comme l’homme sait tuer. La violence de cette humanité interroge. L’homme est aussi la proie de la femme. Yaël assassine Sisera avec un piquet de tente enfoncé dans la tempe, Dalila coupe, en présence de sa servante, les cheveux de Samson endormi. Judith décapite Holopherne avec l’aide de sa servante pour sauver sa ville. Elles sont peintes durant l’exécution ou avec la tête du général assyrien au sol – Judith...

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MODIGLIANI, SOUTINE ET L’AVENTURE DU MONTPARNASSE / La Pinacothèque de Paris
Mai02

MODIGLIANI, SOUTINE ET L’AVENTURE DU MONTPARNASSE / La Pinacothèque de Paris

Hommage à un audacieux inconnu : Jonas Netter       Jonas Netter est inconnu du grand public. Collectionneur et complice du marchand d’art Zborowski, son regard et son soutien ont été primordiaux pour la révélation d’artistes tels que Modigliani ou encore Soutine, mal-aimé de la famille Zborowski. Ses œuvres sont exposées à la Pinacothèque de Paris pour le plaisir des yeux et une bascule historique dans le Montparnasse du début du XXe siècle. Ce tournant esthétique qui n’en finit pas ces derniers mois d’exposer à Paris ces artistes fondateurs de l’art moderne – l’aventure des Stein, Matisse, Munch-  et d’un nouveau métier devenu à la mode : marchand d’art. Netter est de ceux-la, comme Paul Guillaume, Boucher, les Stein, Barnes, Kahnweiler. Marchand d’art, collectionneur ou mécène ? Le lien complexe qui unit l’artiste à son mécène humaniste ou riche argentier n’a pas fini de faire couler de l’encre. Outre les toiles présentées, l’exposition offre l’avantage de reproduire quelques échanges épistolaires entre les artistes et leur commanditaire, mécène et marchand-collectionneur. Le revers de la médaille n’est pas reluisant. Si Modigliani peint un superbe portrait de Zborowski, hâbleur et séducteur dans l’âme, la nature de la relation ne fait guère illusion. Une relation de servitude maître-valet qui dénature largement la beauté du portrait du marchand, peu scrupuleux et fantasque. Les artistes ont besoin d’argent pour exister et Zborowski le sait, lui qui se sert également de Netter pour payer les toiles de ses artistes en lesquels il croit plus ou moins. L’exposition nous dévoile donc les artistes dont Netter s’est occupé avec, puis sans Zborowski, dont il se sépare tardivement. L’hétérogénéité des styles démontre toute l’énergie déployée à l’époque pour sortir du cadre esthétique traditionnel. Suzanne Valadon, Paresce, Utrillo, Kikoïne, Kremegne, Derain, Modigliani et surtout Soutine qui sort grand gagnant de cette exposition, nous en mettent plein les yeux. Si les paysages de Valadon sont hétérogènes dans le style, les couleurs de ses nus et de ses portraits sont une grande réussite. La Fillette en Bleu de Modigliani vous accueillera ensuite grands yeux ouverts. Mais qu’on ne s’y trompe pas, si vous espérez ne voir que des Soutine ou des Modigliani, ce n’est pas sur cette exposition qu’il faut compter. L’exposition pourrait tout autant s’appeler Utrillo Soutine. Le fils de Suzanne Valadon a presque autant d’œuvres exposées que Modigliani. Le reste est dédié à des artistes moins connus mais tout aussi importants pour les yeux. C’est l’autre atout de l’exposition. Admirez Paresce et son paysage coloré aux formes géométriques, mélange de couleurs fauves et de cubisme : La Maison derrière les arbres.                         Attardez-vous sur Krémègne et...

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