Salves, Maguy MARIN
Mar16

Salves, Maguy MARIN

Salves, la dernière création de Maguy Marin, toujours radicale et surprenante, a été présentée à l’Arsenal de Metz, séduisant encore une fois ses spectateurs.   Le parti pris bien tranchant de Description d’un combat– réflexion autour de l’image figurative et de l’image littéraire – à la fin de la saison 2010, avait divisé le public du Théâtre de la Ville de Paris, partagé entre ceux qui, ennuyés, avaient abandonné la salle, et ceux qui, hypnotisés et envoûtés par la proposition formelle de Maguy Marin, avaient adoré le spectacle.   Salves, qui en 2011 avait déjà été montré à Paris, interroge la frontière entre le théâtre et le cinéma, mettant en scène un dispositif de lumières, de sons et de mouvements dans l’espace travaillant inlassablement le hors-champ, l’apparition et la disparation des corps et leur relation avec la parole.   Sur les côtés de la scène, des bandes magnétiques se déclenchent alternativement et font entendre des fragments de films américains, italiens, espagnols, tandis que sept danseurs construisent et déconstruisent une narration (symbolisée par le fil presque invisible avec lequel jouent les interprètes au tout début du spectacle) faite de tentatives de préparer une table, de plats cassés qui perturbent l’action, d’enfants qui s’échappent dans la nuit, de mains qui tentent de réparer un vase brisé…   Un enchaînement fascinant et poignant d’associations d’images entre les films et les situations représentés sur scène se développe tout au long du spectacle : un jeu figuratif évoquant le surréalisme et travaillant les extrémités des gestes et des séquences dont l’aboutissement n’a jamais lieu. Maguy Marin construit ainsi une tension grandissante, faite de mouvements continuellement interrompus, inachevés et à nouveau répétés avec de légères variantes.   La proposition coupe le souffle, enchante et impatiente : on aurait envie de pouvoir arrêter l’action, de revoir le montage de mouvements et de sons, de mieux en saisir la force plastique et les références suggérées. Mais le spectacle avance à un rythme de plus en plus soutenu et la séquence finale apporte un bouleversement peut-être trop conciliant et intelligible…   Quoi que l’on puisse penser des dernières minutes du spectacle, Salves reste une création passionnante et fondamentale pour les questions esthétiques qu’elle soulève.   www.arsenal-metz.fr   www.compagnie-maguy-marin.fr     Gloria Morano © Etat-critique.com –...

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The Ballad of Sexual Dependency, Tiger LILLIES et Nan GOLDIN
Mar08

The Ballad of Sexual Dependency, Tiger LILLIES et Nan GOLDIN

A l’Arsenal de Metz, le cabaret de The Tiger Lillies  et le diaporama de Nan Goldin s’unissent dans une ballade étrangement rythmée.     Les photographies de The Ballad of Sexual Dependency retracent 10 ans de la vie de Nan Goldin, ses rencontres, des moments d’intimité partagée dans les milieux underground et white trash américains et européens. Dans ce diaporama, l’enchaînement saccadé des clichés rend difficile l’observation posée des compositions des images. Nan Goldin impose au spectateur une suite infinie de corps seuls ou en couple, des regards caméra dévoilant brièvement un visage battu, le quotidien dans un appartement minable, le temps passé dans un bar.   La photographe nous met face à la drogue, au sexe, à la violence, mais aussi face à des moments paisibles dans une baignoire, des jeux d’enfants, de vieux couples assis dans leur cuisine.   La douleur, l’angoisse, la dureté de la vie ne sont jamais trop loin et ces sensations ont probablement inspiré The Tiger Lillies dans la création de ce ciné-concert.   Perpétuant la tradition de la chanson de bordel, les anglais développent un univers et une musicalité proches de Tom Waits où les histoires de beuveries côtoient les déboires de prostituées et de délinquants. Martyn Jacques, sorte de de King Diamond avec la voix de Jimmy Sommerville, chante la pisse et la merde, la beauté et la tristesse.   Une vie rude, des tonalités âpres semblables à celles de Nan Goldin avec un étrange décalage temporel de quelques décennies, voilà le ciné-concert proposé par The Tiger Lillies sur les images de la photographe américaine. Un même esprit, des thématiques très proches qui rendent le spectacle extrêmement passionnant pour le public de l’Arsenal.   Et pourtant la mélancolie des sonorités du groupe anglais correspond finalement très peu au côté cru et touchant des photos de Nan Goldin : si chez The Tiger Lillies tout est souvenir partiellement idéalisé d’une époque passée, chez Goldin, les clichés placent le spectateur face à un réel très chargé historiquement (les années 80), politiquement et socialement, face à des relations amicales et amoureuses douloureuses, rudes, mais aussi profondément fertiles artistiquement. Le réel de ces photos est perpétuellement renvoyé à sa cruauté, aucune idéalisation nostalgique n’est possible. L’instant reste tel quel, vivant et violent, à tout moment. Voilà ce qui transforme le ciné-concert de The Tiger Lillies en une création bizarrement décalée.   http://www.tigerlillies.com/     www.arsenal-metz.fr/    Gloria Morano © Etat-critique.com –...

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