Les 29, 30 et 31 Janvier
à Mains d'Oeuvres (Saint Ouen)
Et ta critique ?
Le Mo’Fo (Saint-Ouen), festival underground par essence, a su mettre le feu entre deux découvertes folk. Retour sur ce melting-pot musical d’artistes venus des quatre coins du globe, boycotté par les grands médias.
Huit ans putain ! Huit ans qu’il est interdit aux guignols de franchir la porte de Mains d’Œuvres chaque hiver !
De vendredi à dimanche, L'Antifolk a laissé place au Mo’Fo Festival, pour mieux afficher son ouverture à des groupes pop, rock ne crachant pas sur le recours aux machines électroniques. La folk reste cependant la locomotive du week-end.
Le point commun entre Kramer, Gablé, Railcars, 10lec6, Wendycode, Phoebe Killdeer & the Short Straws, Le Prince Miiaou, H-Burns, Original Folks, etc. ? Appartenir à la scène indépendante française et internationale. Les formations émergentes se mêlent à quelques artistes confirmés.
Tel The French Cowboy, qui ont fait plus que salle comble.
La foule a répondu présent pour voir ces très bons folkeux que l’on imaginerait sortis du Kentucky. Deux heures de TGV ont suffi aux Nantais pour rallier Saint-Ouen, dont certains étaient plus connus sous leur ancien nom des Little Rabbits. Un autre pensionnaire de Loire-Atlantique, The Patriotic Sunday n’a pas connu le même succès avec sa folk, elle aussi old school, mais plus mâtiné de rock.
L’homme à la mèche s’est fait voler la vedette par les Iraniens de Take It Esay Hospital, exilés à Londres et révélés au grand public à travers le docu "Les Chats Persans". Invité de dernière minute, sans synthé et armé d’une unique gratte acoustique, le couple a montré des choses intéressantes sans être révolutionnaires pour autant. Cinq chansons dont un rappel du tube en devenir déjà joué au début (Human Jungle) ont suffi à rendre le public hystérique. Le pouvoir des images…
Auparavant, la pop zen de Shugo Takumaru n’a pas connu le même succès. Usant d’arpèges magiques, le timide japonais joue une musique expérimentale apaisante. L’Anglaise Liz Green taquine également bien le manche. Accompagnée d’un contrebassiste et d’un saxophoniste, la rousse déguisé en oiseau nous a promenés dans un univers bucolique.
Côté « stars » internationales, il fallait être ultra pointu. Television Personalities, groupe indie culte issu de la vague punk anglaise de la fin des années 70, clôturait le Mo’Fo, dimanche. On se marre à lire « légende » et autres superlatifs sur des blogs, car Dan Treacy ne sait pas chanter. Quant au son pourrave, il n’a d’égal que la démesure de ces groupes obsolètes qui gagnent leur légitimité avec le temps.
The Sugar Plum Fairy Pr devient enfin reconnu par une grande radio FM française. Déjà trois albums au compteur. Comment se lasser de la complainte vocale de Carl Norén, leader du groupe de poprock suèdoise venant de Borlänge, une ville industrielle au centre de la Suède ? Samedi, un silence de plomb s’imposait ; il a été respecté.
La claque de vendredi se nommait Sole & the Skyrider Band. Le patron du label yankee Anticon a assuré un show dantesque. Accompagné de musiciens traditionnels, le gros nounours barbu a enchaîné les lyrics sur un hip-hop énervé. Le public jusqu’alors très parisien, comprenez dans la retenue, s’est laissé aller.
Le duo parisien de Wendy Code ne peut pas en dire autant. Il est toujours difficile de commencer à 19 heures en jouant dans un registre très particulier. Du rock mêlé à l’électro naviguant avec des envolées qui n’ont rien à envier à Archive, les amateurs d’indie rock en redemandent même s’ils ne sont pas en transe. D’autant que la voix androgyne de Kris Maccotta ne laisse pas de marbre. Bird Minded sent le tube en barre.
En ressortant de trois jours de Mo’Fo, on repart avec plein de nouveautés à approfondir. Mains d’Œuvres n’a pas usurpé sa réputation de lieu d’accueil à tous les univers créatifs : des ateliers pour enfants ou un forum musical étant aussi de la partie.
Le Mo’Fo est un zèbre difficilement apprivoisable. Qu’il continue à se balader dans la jungle musicale !