3Abschied, Anne Teresa DE KEERSMAEKER et Jérôme BEL
Oct16

3Abschied, Anne Teresa DE KEERSMAEKER et Jérôme BEL

La rentrée du Théâtre de la Ville ne pouvait pas se passer du nouveau spectacle d’Anne Teresa de Keersmaeker, une mise à nu passionnante du processus de création.     Pour 3 Abschied Anne Teresa de Keersmaeker collabore à nouveau avec l’ensemble Ictus, composé de treize musiciens qui occupent le centre de la scène. Au début du spectacle Anne Teresa, habillée d’un pull noir, d’un paire de jeans assez larges et de grosses chaussures de marche, se positionne latéralement, règle elle-même les lumières de la salle et met dans un lecteur le CD Der Abschied, le tout dernier volet de la partition Das Lied von der Erde de Gustav Mahler, qu’elle interrompt ensuite brutalement. Puis, pendant une vingtaine de minutes, elle parle au public et explique la genèse de ce spectacle. Comment réaliser une chorégraphie actuelle en utilisant une musique du romantisme allemand qui traite de l’acceptation de la mort ? Comment les mouvements contemporains des corps peuvent-ils représenter la transcendance exprimée poétiquement par les trois poèmes chinois dont Mahler se sert pour composer son Lied ? Avec ironie et précision Anne Teresa de Keersmaeker et Jérôme Bel déconstruisent le processus de création chorégraphique en faisant participer le public à leurs interrogations, en nous soumettant les trois variantes conçues pour confronter la danse contemporaine au thème de la mort et du retour à la terre. Dans la première variation Anne Teresa de Keersmaeker danse parmi les musiciens, presque de manière maladroite, inachevée, tout d’abord en accueillant et reformulant de manière bouleversante les gestes du mezzo-soprano Sara Fulgoni. Pour la deuxième tentative de mise en mouvement du Lied de Mahler, suite à l’intervention explicative sur scène de Jérôme Bel, ce sont les musiciens eux-mêmes qui représentent deux fois de suite la mort. Finalement, pour la dernière variation sur l’œuvre de Mahler, Anne Teresa de Keersmaeker reste seule avec le pianiste et s’abandonne au chant et à la danse avec intensité et humour. Elle met en scène une fragilité saisissante, un désir de musique captivant, une recherche à vif des possibilités gestuelles, du risque créatif. Encore une fois Anne Teresa de Keersmaeker conquiert le public, surprend, amuse et envoûte : l’acceptation de la mort devient une forme à la fois dure et légère de mouvements, aux rythmes savamment irréguliers.   Gloria Morano © Etat-critique.com –...

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Hilfe Kommt / DEZ MONA / (62TV records / PIAS 2010)
Oct11

Hilfe Kommt / DEZ MONA / (62TV records / PIAS 2010)

Vous cherchez un album de chevet à écouter en boucle, le voici. Hilfe Kommt de Dez Mona. Après Absynthe Minded, voilà maintenant Dez Mona. Mais que se passe-t-il chez les Belges ? Car autant le dire, les groupes font plutôt très fort en matière musicale ces dernières années. Moins jovial qu’Absynthe Minded et plus proche de Nick Cave, Dez Mona met la barre très haute. Comme Absynthe Minded,  Dez Mona a le bon goût d’introduire dans sa musique des instruments à cordes rêveurs et planants. Violons et piano ont souvent le beau rôle. La voix de Gregory Frateur penche volontairement sur la sobriété et l’émotion avec une expressivité qui rappelle les élans d’une Sophie Hunger. Avec cinq morceaux sur dix dépassant les cinq minutes, on comprend que l’émotion prend la place dont elle a besoin dans un univers musical qui prend le temps de poser ses respirations et ses coups de gueule sur fond de violon. Les chœurs sont souvent simplement magnifiques comme dans Get Out of there qui alterne chant percutant et nappe vocale sur des accordéons dissonants. Superbe orchestration qui joue sur les puissances vocales du groupe. Les chœurs ne font pas semblants. On n’est pas dans une réalisation qui cherche le morceau de 3’30 à passer en playlist radio et ça fait du bien ! Dans la même veine, Carry out est à tomber par terre. Le gospel jazzy n’est pas loin. On reste à l’écoute du début à la fin de l’album. L’expressivité est assumée et prend toute son ampleur dans le narratif Jack’s hat, une ode fantastique où le chanteur est poursuivi par une créature digne d’Halloween… Il existe chez Dez Mona un évident goût pour le spectacle et la théâtralisation des sentiments. La chaleur de l’ensemble contraste avec une voix au timbre particulier qui frise parfois avec l’androgynie jazzy d’une Nina Simone. Un cabaret rock-jazzy qui n’hésite pas à jouer avec l’étrangeté. Tous les ingrédients sont là pour le succès. Un vrai talent musical qui ne demande qu’à rencontrer le grand public. A découvrir, un très bel album. http://www.dezmona.com/ facebook...

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WALKING NEXT TO OUR SHOES… INTOXICATED BY STRAWBERRIES AND CREAM… WE ENTER CONTINENTS WITHOUT KNOCKING…, Robyn ORLIN
Oct09

WALKING NEXT TO OUR SHOES… INTOXICATED BY STRAWBERRIES AND CREAM… WE ENTER CONTINENTS WITHOUT KNOCKING…, Robyn ORLIN

Les créations de Robyn Orlin, chorégraphe blanche sud-africaine qui depuis les années 80 interroge l’apartheid et le fléau du sida dans son pays, sont toujours sujettes à controverses.     En mélangeant théâtre, danse et chant de manière intense et directe et surtout tentant toujours une implication des spectateurs en faisant déplacer les artistes dans la salle, Orlin met en scène les problématiques actuelles de la population sud-africaine. Pour cette nouvelle création Orlin a choisi de travailler avec les Phuphuma Love Minus, une chorale amateur zouloue, et de construire son propos chorégraphique à partir de leurs chansons et de leurs danses et en intégrant sur scène des images vidéos projetées sur du papiers roulant accroché au plafond. Au début du spectacle une grande théâtralité envahit la scène grâce à l’emploi de lampes portables qui dessinent les corps au fur et à mesure qu’ils bougent. Ironie, amusement, grands moments de joie et d’énergie alternent avec d’autres plus dramatiques. La danse et les chants crient les problématiques liées à la pauvreté, à l’apartheid et au sida. La gravité des sujets politiques et sociaux traités touche bien sûr le public, ému par l’intensité de la performance de la dizaine d’artistes présents sur scène et en salle. Il est pourtant difficile de discerner la portée chorégraphique de cette création qui par moment apparaît bien trop simpliste et cliché. Le jeu des lumières et des images vidéo semblent un pur accompagnement au spectacle de Phuphuma Love Minus, comme si Robyn Orlin leur avait donné carte blanche en se limitant à s’occuper de l’élément scénographique.   Gloria Morano © Etat-critique.com –...

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