Description d’un combat, Maguy MARIN
Mar26

Description d’un combat, Maguy MARIN

Sur scène au Théâtre de la Ville jusqu’à samedi 27 mars, le nouveau spectacle de Maguy Marin, une création qui confronte la danse aux limites du mouvement et de l’épopée.     Dans le noir, neuf danseurs arrivent soudainement devant les spectateurs, les uns après les autres et restent debout, immobiles. Puis, en alternant, ils commencent à réciter des vers de l’Iliade, le terrible bain de sang entre Troyens et Achéens. Ils ne s’arrêteront qu’au bout d’une heure dix, à la fin du spectacle et, tout au long de la performance la scène restera sombre.   Derrière les danseurs, un sol bleu-vert qu’ils dévoileront petit à petit. Les tissus qu’ils enlèvent déploient ainsi le sens de leur récitation, ce sera le seul contre-point visuel au texte déclamé : de l’or, puis du rouge – l’héroïsme, puis la boucherie. Par moments se surimposeront aux vers de l’Iliade des passages d’autres auteurs en italien, portugais, espagnol, anglais et allemand et s’érigera ici une confrontation sensible entre l’épopée classique et la narration personnelle plus contemporaine.   Maguy Marin construit ainsi un rythme visuel et acoustique presque entièrement monocorde, pointé par quelques instants de surprise, de rupture sonore ou figurative (des images surgissent, les voix individuelles se transforment brièvement en un chœur).   Il s’agit d’un jeu sur l’épuisement que certains spectateurs refusent et que d’autres admirent passionnément : soit on est magnétisé, soit on reste indifférent et on s’ennuie. C’est une réflexion radicale sur la littérature, sur les images qu’elle produit et sur les possibilités de les représenter en déclinant la solution facile de la figuration directe. C’est ainsi également une méditation plus globale sur le mouvement, sur la visibilité, sur le son et le rythme.   Personnellement, une expérience fondamentale et émouvante.     Gloria Morano © Etat-critique.com –...

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Genre Oblique, Brigitte SETH et Roser MONTLLó GUBERNA
Mar11

Genre Oblique, Brigitte SETH et Roser MONTLLó GUBERNA

Entre théâtre et danse, la dernière création de la Compagnie Toujours Après Minuit propose une énergique réflexion sur les normes et les conventions, l’identité ressentie à l’intérieur de soi-même et celle partagée par l’entourage auquel les corps sont soumis. Une ironie irrésistible, un comique excellent investissent la scène dès le début de la représentation. Et aussi une merveilleuse capacité à bouleverser les images conventionnelles des gestualités et des mouvements grâce à des corps différents par rapport à ceux auxquels on est habitués dans les créations de danse contemporaine.   Des corps décalés qui jouent de leur différence, de leurs exagérations, des travestissements successifs qui créent des liens entre les six comédiens-danseurs. Des corps qui déséquilibrent les frontières du féminin et du masculin, du nu et de l’habillé, du gracieux et du comique et qui inventent sous nos yeux de nouvelles possibilités visuelles et sensitives – simplement de nouvelles images.   Ces frontières symboliques auxquelles s’accompagnent de riches expériences autour du langage : se mélangent différentes langues (le français, le castillan et le catalan) et différents accents et les monologues qui passent d’un personnage à l’autre (Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna mettent en scène de vrais personnages, dont on saisit chaque caractère, chaque force individuelle), d’une bouche à une autre, à indiquer la multitude des possibilités expressives, la fragilité des liens humains, le langage à la fois comme lieu de l’intime et de la façade sociale.   Les corps, leurs travestissements et leurs paroles, les musiques, l’espace – tout cela ensemble creuse des déplacements stratifiés dans le ressenti des gestes et des mouvements. Entre intimidation des costumes de l’autorité religieuse (une référence au XVIe siècle espagnol et à la figure historique de Juana I de Castille et d’Aragon) et sensualité soudaine et irréfrénable, avec sa nouvelle création la compagnie Toujours Après Minuit séduit le public en le plongeant dans un jeu irrésistible de sensations et de comique.   http://www.theatredelaville-paris.com/spectacle-lang-190-fr Gloria Morano © Etat-critique.com –...

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FOR THE MASSES – HADOUKEN! – (Surface Noise Recordings-Naïve-2010)
Mar10

FOR THE MASSES – HADOUKEN! – (Surface Noise Recordings-Naïve-2010)

J’étais sur les pistes de ski. Je venais de recevoir le dernier disque d’Hadouken. Je me suis dit : « allez, on va se marrer un peu ». J’ai mis mon casque sur les oreilles… J’ai failli me tuer. Hadouken revient avec For the masses. Produit sur son label Surface Noise Recordings, le disque confirme les premiers ressentis du premier album qui a fait un tabac : Music for an accelerate Culture. Dès le premier titre, on sent qu’Hadouken veut s’adresser à une foule dansante qui veut un son puissant pour clamer sa rage de vivre. Le son rock moderne alterne beat de rap et guitares métal hurlantes. Disto saccadée sur samples inspirés de tecno transe, un mélange des genres qui ne vise qu’une seule chose : vous faire sauter sur place le poing en l’air. Orgiaque. De l’interprétation des raves… Ce jour-là, j’ignorais tout. Hadouken… Bizarre comme nom. J’ai lancé mon lecteur, les basses ont fait bondir mon bonnet ancré sur mon crâne, la musique m’a soudain fait croire que j’étais un super-héros de la glisse, un athlète local recalé pour les JO de Vancouver par manque de reconnaissance. Hadouken vous transcende. La piste rouge ne devient qu’une piste de luge. Masque devant les yeux, bâtons serrés dans les mains, me voilà projeté en avant par des chœurs carl-offiens s’élèvant d’un bas-fond métallique. Me voilà descendant tête en avant la piste rouge. Ouch ! A 2’00 pétantes le beat vous assomme et me voilà slalomant entre trois mémés chasse-neigeantes et un lacet de bambins suivant une canne habillée de rouge. Un moniteur probablement, je n’ai pas eu le temps de le voir. « Turn the lights out » débute… Une phrase scandée qui relance le tout. Hum ! Et on regrette de ne pas à être à un concert pour sauter. On va se lancer sur la prochaine bosse…« You can’t stop this » « I don’t know where we are » chante James Smith. C’est un peu vrai mais ce n’est pas grave, on y va quand même. Tête baissée on ferme les yeux et on prie pour que les genoux tiennent… « Evil » clame maintenant « I won’t go, I won’t go »… Et un regret vous prend le cours d’un instant. Quel bien fait cette satanée musique ? Pourquoi ai-je pris cette bosse ? Le réveil ne va-t-il pas être douloureux ? Pas de réponse car les gimmicks successifs de « House is falling » ne vous laissent pas le temps de réfléchir. Une alternance de rythmes qui enfonce des portes ouvertes et qui ne révolutionne pas le genre mais qui vous amuse avec une auto-dérision assez rare dans le genre. C’est tout simplement bien fait. Jouissif pour la dépense d’énergie. Les genoux ont tenu. « Mic Check »...

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