No country for old men, Joel et Ethan COEN
Mar07

No country for old men, Joel et Ethan COEN

C’est un peu à la surprise générale que le dernier film des frères Coen est sorti vainqueur de la dernière cérémonie des Oscars. Cela valait bien une nouvelle critique sur ce polar qui laisse personne indifférent!   Le dernier film des frères Coen est une réflexion puissante et profonde sur l’attachement que le spectateur peut avoir pour des personnages ambigus et glissants. C’est un merveilleux exercice de style – un western moderne : le désert et des 4×4 terrifiants, presque monstrueux,  nous introduisent dans ce récit de poursuite de 2 heures – où les protagonistes dépassent tout cliché de bonté ou de méchanceté. Bien sûr, Tommy Lee Jones joue le vieux et sage shérif méditatif et un peu moqueur, dont le calme presque flegmatique donne un ton épique au film. Bien sûr, Javier Bardem (dans le film Anton Chigurh), est effrayant dans sa cruelle logique muette et insaisissable. Et, pour finir, bien sûr, Kelly MacDonald (Carla Jean Moss dans la fiction) est tellement fragile et sans défense devant le destin de son mari (Josh Brolin alias Llewelyn Moss dans l’histoire)… Seulement, tout cliché qui, dans un premier temps, pourrait nous paraître évident, presque banal, est, en fait, mis à mal, questionné silencieusement et sans arrêt par la force plastique que les frères Coen donnent aux corps et aux visages de leurs acteurs. Mettons de côté le shérif. Chez les deux autres protagonistes masculins tout est fait de temps lents, mais déterminés, de mouvements réfléchis et précis, mais terriblement intimidants et surprénant pour le spectateur. Chacun suit sa logique, taciturne, comme dans la meilleure tradition du western, mais nous, nous nous y retrouvons pas, nous n’arrivons jamais à prévoir leurs actions, à comprendre leur cohérence, qui apparaît toujours à la fois perceptible et lointaine. Et aux spectateurs, il ne reste que leur regard, pour tenter de s’y retrouver d’une façon ou d’une autre, pour déchiffrer le sens de cette rationalité folle qui domine les actes de Anton Chigurh et de Llewelyn Moss. L‘un incarne une sorte de diable aliéné et halluciné, dont la cruauté devient par moments amusante (nous sommes au centre du toujours savoureux jeu d’équilibre entre ironie et panique que les frères Coen mènent depuis désormais 20 ans). Ses yeux nous disent qu’il nous fera vivre le pire,  jusqu’au bout et que nous en rirons tout au long du film, mais en souffrant avec ses victimes. L’autre fera tout ce qui est dans ses moyens pour ne pas devenir un héros gentil et sauveur, même si le spectateur n’a besoin que de ça pour sortir de son angoisse existentielle. Car, d’accord, la poursuite n’est qu’une question d’argent à récupérer,...

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Angelin Preljocaj : Annonciation (1995), Centaures (1998) et Eldorado (création 2008)
Mar06

Angelin Preljocaj : Annonciation (1995), Centaures (1998) et Eldorado (création 2008)

Le Théâtre de la Ville présente trois pièces du célèbre chorégraphe Angelin Preljocaj : Annonciation (1995), Centaures (1998) et Eldorado (création 2008). Une soirée de danse à moitié concluante ! Angelin Preljocaj nous avait émerveillés en 2005 avec les Quatre Saisons (de Vivaldi). Il convainc moins cette année, « Annonciation » est la pièce la plus convaincante des trois. Deux danseuses dansent avec un grand respect du tempo. La musique allie sons futuristes cybernétiques et chœur de Vivaldi. Les gestes sont mesurés, les bras se tendent lentement. Les danseuses évoluent à la façon de robots un peu engourdis dont l’un transmet son énergie à l’autre comme par magnétisme. La lenteur des gestes, qui confine à la langueur, met en valeur les corps et les mouvements des danseuses. Preljocaj adopte dans cette œuvre un style particulièrement épuré : la musique est minimaliste, les « costumes » très simples, et aucun artifice ne vient s’interposer entre danse et spectateurs (on est très loin des machines infernales d’Alain Platel). Jusqu’ici, tout va bien. « Centaures » est une œuvre pour deux danseurs. Deux hommes chauves et presque nus forment un amas informe de membres, puis ils évoluent dans un corps à corps lent et profondément intense. Il n’y a ici ni saccade ni brusquerie dans le geste ; pourtant une force contenue impressionnante émane de ces danseurs : ils dégagent une puissance maîtrisée et animale (très beaux mouvements à quatre pattes, comme des lézards). Preljocaj n’a pas besoin d’artifices chorégraphiques ou scéniques pour convaincre : les deux danseurs sont simplement habillés d’une lumière ocre et la scène est vierge de tout décor. La danse parvient, assez miraculeusement, à faire oublier une musique pénible. Le public, à ce stade de la soirée, est conquis : les applaudissements sont particulièrement nourris et tout le monde a l’air satisfait. Malheureusement, après 15 minutes d’entracte commence le calvaire : « Eldorado ». Douze danseurs sont collés à douze stèles réparties tout autour de la scène. Deux danseuses se détachent de leur socle. Puis deux autres prennent le relais, puis deux autres encore… Chaque duo évolue en silence. Jusqu’ici, tout va bien. Sauf qu’il arrive un moment où tous les corps tapis dans l’ombre se rejoignent au milieu de la scène pour danser au son d’une inaudible musique, alternance de sirènes (façon pompier, mais en moins fort quand même) et de complainte métalliques (comme des longs soupirs de cyborg). On dirait qu’un Charly Oleg maniaco-dépressif a composé la musique avant de l’interpréter sur son vieux synthé. Du côté des danseurs, il y a trop de mouvements sur scène, ça part dans tous les sens, trop de sons simultanés, et l’on n’arrive plus à suivre. Et là, franchement, on a envie que ça s’arrête ! du 26...

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