Mettre l’histoire à la portée de tous comporte autant de risques que de possibilités de succès. Mais ici, il n’y a pas grand-chose à retirer de cet ersatz de film historique. A trop vouloir romancer, on en oublie souvent l’essentiel.
L’affiche purement didactique avait de quoi rebuter. En un seul coup d’œil, on trouvait l’ensemble des enjeux placardés sur le côté d’un abri-bus ou au détour d’un couloir de métro. Un roi satisfait (Eric Bana) place une main nonchalante sur le sein d’une jeune femme dont l’ambition rayonne sur son visage (Natalie Portman), mais son regard rendu fiévreux par le désir se pose sur la sœur blonde et chaste tenue à l’écart de ce couple (Scarlett Johansson).
Il s’agit pourtant bien de l’histoire d’Henri VIII, de Mary Boleyn et de sa sœur Anne, reine consort de cette contrée insulaire que l’on appelle Angleterre. Alors que le roi échoue dans ses tentatives d’obtenir un héritier auprès de son épouse légitime, il va partir à la recherche d’une maîtresse qui lui assurera une descendance. L’amour et les convenances étant, à l’époque, deux choses très similaires, la famille aristocratique Boleyn va graviter autour du pouvoir jusqu’au dénouement tragique.
Si l’on a si peu l’impression d’avoir à faire à un long-métrage historique (hormis pour les costumes), c’est qu’il ne se concentre pas du tout sur un contexte politique ou social qui aurait pu apporter un réel avantage au récit.
Ici, seuls les protagonistes importent. Qu’ils soient rois ou roturiers, cela ne semble pas avoir d’importance. Malgré le partenariat avec la BBC, caution nécessaire pour pouvoir tourner dans des monuments nationaux et faire ce remake, l’ensemble ne reprend de l’Europe de la Renaissance que ce qui correspond à l’image que l’Amérique s’en fait.
Ce qui est plus embarrassant, ce sont ces approximations historiques qui ne font que rendre l’entreprise brouillonne comme en témoigne l’aparté sur la fondation de l’église anglicane ou sur les manigances de la cour pour assurer la continuité du pouvoir. Les ellipses ne se font pas aux bons endroits : on aimerait être épargnés de certaines séquences et pouvoir en approfondir d’autres.
Mais tout cela est voulu. Ces " détails " sont rapidement jetés en pâture à un public venu principalement pour l’intrigue et la romance. Les femmes ou maris gênants disparaissent si facilement que l’on se demande comment cela pouvait poser problème à l’époque. Ce manque de logique dans l’enchaînement entre les scènes produit de la rapidité sans donner de dynamisme et, au final, conduit à l’ennui.
La capitalisation sur un casting de bonne tenue ne sera pas suffisante pour donner envie à l’adolescent américain de se plonger dans l’Histoire européenne. Pas sûr que ce soit l’objectif non plus. Peut-être n’était-ce là qu’une excuse pour faire avancer la carrière de comédiens enfermés dans certains rôles.
Mais cela doit-il fatalement donner lieu au jeu exagéré d’acteurs qui déclament leur texte comme s’il s’agissait d’un cours sur la tirade shakespearienne pour du théâtre amateur ? Espérons que l’avenir donne d’autres réponses que celle apportée par ces deux sœurs et ce roi.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 14/04/2008