A la croisée de deux continents que seul l’océan Atlantique sépare, Julie Delpy s’amuse dans ce film à faire s’affronter deux cultures radicalement opposées via un couple qui court à sa perte. Les clichés peuvent parfois avoir du bon.
Marion et Jack s’aiment d’amour tendre. Elle, photographe récemment exilée à New-York et lui, architecte d’intérieur tatoué. Pour fêter deux ans de vie commune, ils partent à Venise et décident, avant de repartir sur le sol américain, de passer deux jours à Paris, chez ses parents à elle. Si le point de départ peut sembler peu original, c’est le développement qui donne tout le charme à cette comédie de mœurs à la plume assassine.
De la jungle familiale à la faune parisienne, notre petit couple américain va affronter tous les dangers. Des ex de Marion aux phobies acariennes de Jack, en passant par une population généralement hostile et relativement incapable de parler un anglais correct ; le tableau ne pourrait être plus sombre. Mais c’est justement dans cette vision cynique et sarcastique loin du Paris idéalisé par les touristes que l’humour tire sa grande force.
Si l‘objectivité est respectée en frappant sans distinction dans les travers des deux peuples, on ne peut s’empêcher de trouver l’accumulation un peu trop difficile à avaler. On a du mal à se reconnaître dans les portraits au vitriol de nos compatriotes. Hygiène, racisme, chauvinisme, tout y est passé au crible pour mieux nous mettre en boîte.
Mais, le côté farce est parfaitement assumé et la réalisation témoigne d’une fusion parfaite entre le cinéma indépendant américain (on pense souvent à Woody Allen) et le cinéma français dit d’auteur. Et puis, soyons réalistes, si l’ensemble est si drôle c’est qu’il n’est pas si éloigné que ça d’une certaine réalité.
Les acteurs participent activement à l’effet comique des scènes. Le couple à l’écran fonctionne très efficacement et les seconds rôles ne dépareillent pas. Les parents de Marion, jouée par Julie Delpy, sont les vrais parents de l’actrice, ce qui permet aux moments familiaux de gagner en tendresse et en crédibilité.
Mais il ne faudrait pas ignorer non plus la myriade de psychopathes qui peuplent les rues parisiennes. Mention spéciale à Daniel Brühl qui fait une apparition très réussie en homosexuel pyromane de fast-foods.
Belle comédie de saison, ces deux jours à Paris devraient vous réjouir au plus haut point. Et en bonus pour les parisiens, une autocritique offerte à chaque spectateur. Si ce n’est pas généreux ça…
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 18/07/2007