Rétroviseur personnel de Nicolas Lejeune pour Etat-Critique.com
Les commentaires
Philippe
Le 26/09/2010
... Comme 12 grands bordeaux sortis d'une caisse poussiéreuse, oubliés entre les deux millésimes de la décennie (1966 et le mythique 1961). Ils ont bien vieilli. Merci Nicolas !
Et ta critique ?
A grandes années grands moyens : on passe à 12 titres, car à partir de 1963, tout s’accélère, se met en place, et les classiques pleuvent désormais sans répit. Et dès la prochaine fois, on passera à des millésimes simples : 1965 puis 1966, etc…
1. Jacques Brel – Amsterdam (1964) : j’ai le droit de dire que c’est de loin la meilleure chanson de Brel ? Enregistrée en public mais jamais reprise en studio, c’est l’ode fantasmée d’un jeune fils de bourgeois bruxellois à la dureté et à la spontanéité prolétaires, une liberté qu’il n’atteindra jamais malgré ses efforts constants (« ils pissent comme je pleure sur les femmes infidèles »). Pour ceux qui ne seraient pas au courant, l’album live à l’Olympia est une pure merveille.
2. Roy Orbison – In Dreams (1963) : avec Brel, Orbison est l’autre grand chanteur romantique des années 60. Une voix inversement proportionnelle à son physique d’opossum. Des mélodies divines, arrangements immaculés, ici magnifiquement reproduits sur scène 25 ans après devant un Springsteen et un Costello tétanisés par le maître comme des enfants de 6 ans qui rentrent au CP.
3. The Animals – House of the Rising Sun (1964) : au départ, c’est une balade folk traditionnelle, que les Animals ont trouvé chez Dylan. Ils vont en changer la mélodie, et dépoussiérer complètement cette vieille scie en y ajoutant le timbre incomparable d’Eric Burdon (qui a lui aussi l’air d’un gosse sur la vidéo) et l’orgue d’Alan Price, l’inventeur de Ray Manzarek.
4. The Kingsmen – Louie Louie (1963) : avec cette rengaine piquée au chanteur R&B Richard Berry (non, pas l’acteur) qui lui-même avait détourné un vieux cha-cha-cha, les Kingsmen enregistrent l’archétype du garage-rock, mille fois repris, jamais égalé. Son pourri (deux micros seulement), et batteur qui gueule « fuck » juste avant le deuxième couplet parce qu’il a fait tomber sa baguette (si si, tendez l’oreille). Les Ramones avant l’heure.
5. The Ronettes – Be My Baby (1963) : nous entrons, pour les deux chansons suivantes, dans le merveilleux monde des girl groups. Les Ronettes sont bien sûr la chose de Phil Spector, qui fait briller sur ce titre son fameux « mur du son », du nom de ses arrangements multicouches. La chanson préférée de Brian Wilson, qui avec ses Beach Boys s’inspirera du Spector Sound pour son chef d’œuvre Pet Sounds.
6. Martha & the Vandellas – Dancing in The Street (1964) : autres filles, autre son, celui de la Motown de Berry Gordy, avec une de ses plus belles perles. Une chanson optimiste, pas si futile que ça : nous sommes en 1964, l’année du Civil Rights Act, qui déclare officiellement illégale la discrimination raciale. De quoi danser tous ensemble dans la rue ? Hélas, les lendemains, eux , ne chanteront pas toujours (émeutes de Watts, assassinat de Luther King, Vietnam)…
7. Chuck Berry – You Never Can Tell (1964) : évidemment tout le monde pense tout de suite à la fameuse scène de Pulp Fiction qu’etat critique vous offre bien sûr gracieusement, mais ce titre marque aussi le retour en grâce du rock’n roll, du vrai, que les Beatles, Stones et autes Kinks remettent au goût en ces années-là.
8. The Beatles – She Loves You (1963) : tiens, justement, les voilà. Bon, vous êtes prévenus, les Fab Four auront droit à un titre par playlost jusqu’en 1969. « She loves You », c’est la chanson qui transformera, en Angleterre, la Beatlemania en Beatle –hysteria, avant qu’ « I Want To Hold Your Hand » ne fasse de même aux US. Voyez plutôt.
9. Stan Getz & Astrud Gilberto – Girl From Ipanema (1963) : quand même je l’écouterais en boucle toute la journée, la voix d’Astrud, les divins décrochements de la mélodie, le rythme félin de la bossa, tout ça me ferait fondre comme neige à Rio, à chaque fois.
10. Booker T & The MGs – Green Onions (1962) : le groupe maison de la Stax, celui qui définit le son de la Southern Soul derrière Otis Redding, Wilson Pickett et les autres (avant d’accompagner les Blues Brothers puis Neil Young pour une superbe tournée). Booker T. et ses MG’s sut aussi, pour son propre compte, signer certains des plus impeccables instrumentaux des sixties.
11. Bob Dylan – Girl From The North Country (1963) : l’album The Freewheelin’ Bob Dylan est une révolution à lui tout seul. Un des premiers albums folk uniquement constitués de compositions originales, un son reprenant Woody Guthrie, et cette voix, cette écriture, ces chansons uniques vont faire trmebler la gentille communauté folk de Greenwich Village, puis l’Amérique entière, puis l’histoire de la musique.
12. Barbara – Nantes (1964) : alors qu’elle n’est encore qu’une chanteuse de cabaret, Barbara crée « Nantes » sur scène, au Théâtre des Capucines. Chanson qu’elle a mis trois ans à écrire, puisque son père est mort, à Nantes, en 1959. Une chanson qui prendra une toute autre dimension quand Barbara dévoilera, en 1988, l’inceste dont elle fut victime.