Rétroviseur personnel de Nicolas Lejeune pour Etat-Critique
Et ta critique ?
C’est reparti pour les playlists avec cette période de transition, entre le rock’n’roll et l’explosion des sixties que d’aucuns aiment assassiner, mais qui contient, on en conviendra, de bien belles choses notamment côté jazz. Une playlist en noir et blanc comme il se doit.
Face A : Black
1. Ray Charles – What’d I say (1959) : cette pépite de rock’n gospel est née sur scène, d’une impro, un soir où le genius et ses musiciens étaient un peu à court de chansons. On notera, outre les géniaux « calls & reponses » de la fin, le subtil jeu de batterie aux accents latinos.
2. Ben E King – Stand by Me (1961) : après avoir brillé au sein des Drifters, Ben E. King, avec son élégance et sa voix de velours, est un des pionniers de la soul-pop, accessible au grand public, et un précurseur du Motown sound.
3. John Coltrane – My Favorite Things (1961) : avec soncurieux sax soprano, Coltrane joue sur Favorite Things une musique venue de nulle part, aux sonorités inédites, sur la mélodie d’un standard de comédie musicale. A noter sur la vidéo la présence d’Eric Dolphy à la flûte
4. Miles Davis – So What (1959) : difficile de ne pas évoquer le plus célèbre de tous les albums de jazz, Kind Of Blue, où Miles s’entoure d’un groupe en or (Bill Evans, Coltrane, Canonball Adderley, Paul Chambers, Jimmy Cobb) et enchaîne des standards, eux aussi tous improvisés puisque les musiciens n’avaient répété aucun titre avant de l’enregistrer !!
5. Blind Gary Davis – Death Don’t Have No Mercy (1961) : un autre aveugle, cette fois guitariste, le Ray Charles de la six cordes, voici le Reverend Gary Davis, preacher itinérant et une des figures du blues and folk revival du début des sixties. Une chanson amère sur la mort et la désolation, le blues dans toute sa splendeur et son dépuillement. La vidéo en live vaut le détour.
Face B : White
6. Del Shannon – Runaway (1961) : pendant ce temps, le rock’n’roll s’est sérieusement édulcoré en une pop gentillette, mais pas toujours inintéressante non plus . En attendant Roy Orbison (prochaine playlist), dégustons cette petite merveille signée Del Shannon
7. Jacques Brel – Ne me quitte pas (1959) : « Un homme ne devrait pas chanter ça » a dit Edith Piaf de cette chanson. Mais pourquoi pas ? Après des débuts timides, un peu boy scout, Brel découvre que son immense talent réside justement dans cet exhibitionnisme poétique qui fera de lui un monument.
8. Dave Brubeck Quartet – Take Five (1959) : Brubeck est la preuve que créativité et popularité peuvent coïncider en jazz. Le succès, venu avec ce titre et l’album "Time Out", ne changera rien, et Brubeck restera toujours aussi aventureux et exigeant musicalement.
9. Johnny Kidd & the Pirates – Shaking All Over (1960) : “Remets moi Johnny Kidd”, chantait Bashung dans Gaby. Sans doute un des meilleurs groupes anglais d’avant les Beatles, renforcé sur ce titre par la superbe guitare de Joe Moretti. (Me demandez pas pourquoi, mais sur le seul clip que j’ai trouvé, ce sont des images d’Elvis qu’on voit).
10. The Stanley Brothers – Man of Constant Sorrow (1959) : Oui, c’est bien la version originale du thème d’O Brother. Les frères Stanley, montagnards de Virginie, jouent avec brio et simplicité la musique de leur terroir, et Ralph Stanley possède sans doute la plus belle voix du bluegrass, bien plaintive comme il faut. Comme le disait un spécialiste de la country « donnez-lui une chanson gaie, il la rendra triste, donnez lui une chanson triste, il la chantera encore plus triste »
On aurait aussi pu inclure Art Blakey, Ornette Coleman, Vince Taylor, The Isley Brothers, Joan Baez, Muddy Waters, The Shadows, The Shirelles, Anne Sylvestre, Bobby Bland, Chubby Checker, Dion, j’en passe et des meilleurs…