Louise Grinberg, Juliette Darche, Roxane Duran et Esther Garrel - Diaphana - 14 décembre 2011 - 1h30
Et ta critique ?
Une épidémie de grossesses dans un lycée breton! Un point de départ inhabituel pour une révolte girly et sensible.
C'est une bande de copines. Camille, grande gueule au regard frondeur, suivie de quatre amies aux caractères affirmés. Adolescentes, elles font des conneries de leur âge. La candeur de l'enfance a fait place à un ennui existentiel posé sur des angoisses qui transpirent sur la ville de Lorient (joliment renommée Loriangeles par un graffiti). C'est le moment du passage dans le monde adulte.
Camille, enceinte, fait souffler un vent de révolte. Solidaires, ses copines veulent aussi un enfant. D'autres vont s'intéresser à cette révolution sexuelle et sociale. Les parents et les profs s'affolent. Une quinzaine de filles auront le ventre rond toute ensemble. La ville est bousculée par cette étrange épidémie.
Avec leurs clopes au bec, une bouteille de vodka à la main et une mine de lendemain de fête, les mamans enfants fascinent. Toutes les jeunes comédiennes sont impressionnantes. On aura un petit faible pour Clémentine, la plus gamine et valeureuse future mère, prête à affronter les tempêtes (au sens propre comme au figuré) pour ses amies.
Bien entendu, il y a un sous texte social et une inquiétante défiance de la jeunesse par apport au morne quotidien. Le discours est entendu. Heureusement les deux soeurs qui réalisent le film savent aborder un sujet difficile avec une délicatesse qui se voit à l'écran.
On ne cherche pas à choquer le bourgeois dans 17 filles. Après Tomboy, la sexualité des plus jeunes semble ne plus être un tabou mais une vraie inspiration de cinéma et une vision franche de notre époque. On n'est pas loin du film anglais mais très éloigné des visions ambivalentes de Larry Clark. On devine quelques clichés mais les réalisatrices se bornent au groupe de copines.
17 filles reflète tout au long des grossesses, la fragilité des jeunes filles mais aussi leur grande tendresse, leur volonté têtue et un humour peut être breton (question: "Elle a couché avec qui la Gothique?"; réponse mythique: "bah avec Batman!"). Loin du film débat, 17 filles est une chronique touchante. Muriel et Delphine Coulin évitent (quasiment ) tous les pièges.
Elles transcendent même le paysage un peu ravagé de Lorient en scrutant la grâce des jeunes filles et soulignant leur étrange mélancolie. Leurs corps offrent une liberté soudaine dans un film où la communauté est une pression constante. Quelques scènes sont légères et ravissantes. Le film est une bouffée d'air frais. Le monde adolescent reste une source inépuisable pour le cinéma. 17 filles sort vraiment du lot. Il donne naissance à deux réalisatrices que l'on veut suivre absolument.