Figure à présent incontournable de la scène hexagonale, Olivia Ruiz mène un train d'enfer, de concert en concert, de télé en télé, de collaboration en collaboration…
Malgré un emploi du temps de folie, elle a accepté très simplement et très gentiment, de nous consacrer une grosse demi-heure d’interview...
A peine libérée de la première Star Ac, elle fait tout pour exprimer comme elle l’entend un talent aussi bien trempé dans la chanson française (Fréhel, Piaf… Nougaro, Bécaud…) que dans la scène alternative des eighties (Mano Negra, VRP, Rita Mitsouko…), avec une petite pointe de flamenco des familles pour épicer le tout. Passionnée, volontaire et obstinée, elle démarche ses idoles (Juliette, Têtes Raides, Néry, Mathias Malzieu…) qui l’aideront à fabriquer deux albums épatant : "J’aime pas l’amour" (2003) puis "La femme chocolat" (2005) qui rencontre un succès populaire aussi mérité que considérable. Une tournée de plus de 200 dates vient de s'achever, immortalisée dans "Chocolat show", un CD et un DVD qui sortent en cette fin d'année.
Bonjour Olivia Ruiz.
Vous êtes assise confortablement ?
Bon, alors voilà : Etat-critique.com a une bonne et une mauvaise nouvelle à vous annoncer… et dix questions à vous poser.
On y va ?
D'abord la mauvaise nouvelle : la fin du monde est pour la semaine prochaine.
Maintenant, la bonne nouvelle : vous serez la seule survivante (ou presque) et vous avez le pouvoir de sauver 10 monuments de votre Panthéon personnel.
Voici les thèmes : à vous de désigner les heureux élus !
Le disque que vous souhaitez sauver :
- Alors je ne choisis pas un disque, je prends mon i-Pod : il est plein à craquer !
Le film que vous souhaitez sauver :
- Mon ordinateur, comme ça je concentre avec juste deux objets plein de choses ! Et tous mes films préférés sont dans mon ordinateur.
Vous en avez bien un qui vous plaît plus particulièrement !
- Oui, c’est un film qui s’appelle Como agua para chocolate. Le titre en français c’est Les épices de la passion (1992 - Alfonso Arau - NDLR). Mais j’ai mon ordinateur qui est rempli de plein de choses, de tous mes films fétiches, de photos de ma famille…
Le livre que vous souhaitez sauver :
- Des bouquins ? mais j’en emmènerais des tonnes ! C’est pareil il y en a aussi dans mon ordinateur ! Par exemple, j’ai dans Word mon livre préféré qui est Victor ou les enfants du pouvoir de Roger Vitrac.
(Bon, Ok Olivia, vous pourrez sauver votre ordinateur… - NDLR)
La bande dessinée que vous souhaitez sauver :
- J’en lis beaucoup, des choses très classiques comme Tristan… Il y en a une que j’aimerais bien emmener, qui s’appelle Betty blues (2003 - Renaud Dillies - NDLR) qui est l’histoire d’une petite chanteuse de bar…
L'homme que vous souhaitez sauver :
- Si je devais en choisir qu’un ?
Faites comme vous voulez
- Ah bon alors je prends trois hommes : mon amoureux, mon papa, mon petit frère.
La femme que vous souhaitez sauver :
- Ma maman… Oh et puis je vais prendre ma meilleure amie Lydie aussi.
L'objet, le lieu ou le monument que vous souhaitez sauver :
- Ce serait… Ce serait le Moulin de la Galette à Montmartre. Quand j’étais enfant en écoutant les titres de Fréhel, de Damia, d’Edith Piaf, je rêvais beaucoup de cet endroit, de toutes ces petites guinguettes, du Lapin Agile etc…
L'émission télévisée que vous souhaitez sauver :
- Euh… Taratata ?
Le plat (ou repas) que vous souhaitez sauver :
- Ce qu’on appelle en Espagne le "pan con tomate" On appelle ça le plat du pauvre aussi. C’est du pain grillé frotté de l’ail puis avec une tomate très mûre, du sel du poivre un filet d’huile d’olive.
Votre œuvre personnelle que vous souhaitez sauver :
- L’album de La femme chocolat.
C’est votre préféré ?
- J’ai pas de préféré, mais puisqu’on est en plein dedans, c’est celui-là qui me vient à l’esprit.
Merci Olivia ! Nous transmettons votre liste à qui de droit…
AVENIR
- Olivia, est-ce qu ‘avec cet album et les tournées qui ont suivi , vous avez l’impression d’avoir atteint votre but, une sorte d’idéal artistique ?
- Ah mais non ! Parce que sinon ça voudrait dire qu’on peut arrêter maintenant ! Le but, il recule à chaque fois qu’on arrive à le frôler. Donc bien sûr que non ! Je crois que jusqu’à ma mort je n’aurai jamais atteint mon but, sinon ça voudrait dire que j’ai plus la niaque pour avancer, donc que je ne suis plus créative. Il faut toujours avoir un but et quand on y arrive, il y en a toujours plein d’autres pour vous emmener beaucoup plus loin.
- Quel ingrédient vous voudriez rajouter dans le prochain pour aller encore plus loin ?
- Je n’en sais rien. Je n’en suis pas du tout à penser à mon prochain album. J’ai encore cent concerts, des choses à écrire… Je ne suis vraiment pas dans la réflexion au moment où je crée. Je fais des choses et je vois après, ce qui se passe . Ce n’est vraiment pas dans mes habitudes de travailler en réfléchissant avant.
- Jusqu’à présent vous vous êtes révélée comme une interprète exceptionnelle en vous imposant comme une sorte de pont entre la chanson française et le rock alternatif. Néry, Juliette etc… vous ont confié des morceaux, vous en avez fait des choses magnifiques. Et pourtant, votre plus gros succès (J’traîne des pieds) est un morceau que vous avez écrit entièrement vous-même. Est ce qu’à l’avenir vous pensez cultiver ce talent d’auteur compositeur ou vous allez continuer à collaborer avec d’autres ?
- Comme je vous dis, je ne suis vraiment pas dans une réflexion par rapport à ça. Moi, je fais les choses au pif. Des chansons j’en ai des tonnes. Je ne sais pas si sur le prochain album je déciderai de mettre les miennes ou celles d’autres. Effectivement la Femme chocolat, ça marche super bien et il y a plein de chansons à moi, donc ça me fait me dire que je devrais en sortir plus des miennes au moment où je ferai un nouveau disque. Maintenant, on verra… Moi je me laisse vivre et je sortirai des morceaux qui sont miens ou pas pour ce prochain disque en temps voulu.
- Et avec qui vous rêveriez de travailler sur des chansons ou un album, dans l’absolu (même quelqu’un de disparu) ?
- Euh…Tom Waits, Patti Smith, Catherine Ringer…
- Ils sont encore tous là : c’est le moment de les contacter !
- Ah mais, oui-oui, bien sûr !
ENFANCE
- Le thème de l’enfance est souvent abordé dans vos chansons, sous un angle plutôt nostalgique. Que représente pour vous l’enfance ? Qu’est ce qui la caractérise ?
- C’est la spontanéité, c’est la fraîcheur, c’est le fait de savoir toujours s’émerveiller, savoir être sensible à tout ce qui se passe autour de soi. Pour moi c’est ça, c’est cette partie là de l’enfance que j’essaie de cultiver. Maintenant, dans ce disque, on parle de l’enfance, de la famille, de plusieurs façons ; autant sous l’angle rassurant, cocon, qui tient chaud et qui fait du bien que dans l’aspect destructeur, dans le sens où il faut un jour couper ce cordon qui nous relie à l’enfance, à la famille, si on veut pouvoir s’épanouir vraiment. Mais on sait bien que la femme et l’enfant peuvent quand même continuer à cohabiter à l’intérieur de soi...
- A quel âge, d’après vous quitte-t-on l’enfance ?
- Moi, je suis en train, là… j’ai 27 ans dans deux mois… donc, chacun à son rythme ! Mais justement, j’arrive à en sortir parce que je sais qu’elle ne me quitte pas vraiment !
- On est donc bien dans la nostalgie…
- Oui
SETE… CARCASSONNE… TOULOUSE… ET NARBONNE ?
- Dans la récente compilation hommage à Georges Brassens, Putain de toi, c’est vous qui reprenez la chanson-titre. Est ce vous qui l’avez choisie et pourquoi ?
- Oui, c’est moi qui l’ai choisie, qui ai choisi les musiciens avec lesquels j’avais envie de travailler, qui ai décidé de l’arrangement…
- Et pourtant, c’est une chanson plutôt masculine.
- Pas du tout, non ! C’est vous qui vous imaginez ça. Il y des femmes qui vivent avec des hommes… là je traite cette femme comme si c’était moi qui vivait avec et ça me paraît totalement plausible.
- Quand on regarde votre ville d’origine, près de Carcassonne, on s’aperçoit qu’elle se situe à la même distance de Sète que de Toulouse (d’où était originaire Claude Nougaro, que vous citez souvent comme une référence)…
- Absolument ! Géographiquement je suis pile à mi-distance entre Brassens et Nougaro mais effectivement mon cœur est plus vers Toulouse que vers Sète ou Pézenas comme Boby Lapointe. Malgré l’admiration et le fait que je me sois beaucoup intéressée à Brassens et Lapointe, c’est vrai que ce sont des gens que j’ai découverts plus tard, donc qui m’ont forcément un peu moins marquée.
- Et alors, à équidistance, on trouve aussi Narbonne...
- Eh oui, tout à fait… Charles Trénet. Je l’ai découvert à l’âge d’une dizaine d’année : on avait monté un spectacle autour de Charles Trénet avec la chorale dans laquelle de chantais. Il y a le côté music-hall que j’adore et en même temps, c’est vrai que je n’adhère pas à tout. Contrairement à Brassens ou Nougaro où j’estime qu’il n’y a rien à jeter.
- Pourtant, on vous verrait bien sur certaines chansons de Charles Trénet.
- C’est sûr, je me verrais bien sur certaines de ses chansons, mais pour le moment, je vais m’occuper surtout des miennes. Et si j’avais l’occasion de faire des reprises, je crois que j’aurais d’autres priorités que Trénet… il y a des choses qui me font fantasmer davantage !
ROCK ALTERNATIF FRANCAIS
- Comment expliquez vous que vous ayez de telles racines dans le mouvement rock alternatif français alors que vous n’étiez qu’une toute petite fille à cette belle époque de la Mano Negra et consorts ?
- Ah mais moi j’étais adolescente, donc ça s’adressait très exactement à moi ! Quand je suis entrée au Lycée, j’ai fait la connaissance de pas mal de musiciens et effectivement, quand j’ai parlé de mes références, ils m’ont fait découvrir la "descendance", qui sont ces gens là. La Mano Negra, mon père a toujours beaucoup écouté à la maison, même ma grand-mère Rita écoute la Mano Negra, donc c’est encore autre chose. Mais je pense aux VRP, aux Nonnes Troppo… tout ça je l’ai découvert à l’entrée au lycée. Parce qu’il y avait plein de petits disquaires à Narbonne très spécialisés chez lesquels j’allais fouiner, parce que les rencontres, tout ça…
Propos recueillis par Roland Caduf
© Etat-critique.com - 21/11/2007