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Vendredi 18 Mai 2012Livre

 10 questions à

10 questions à

Joël FOMPéRIE

Et ta critique ?




Fondateur d’Etat-critique.com, Joël Fompérie est un heureux (jeune) retraité qui a quitté le bruit et la fureur parisienne pour les alizés guadeloupéens. Cet exil ne l’empêche pas de veiller aux destinées de votre webzine préféré et d’alimenter régulièrement la rubrique LIVRE.


Bonjour Joël Fompérie

Vous êtes assis confortablement ?

Bon, alors voilà : Etat-critique.com a une bonne et une mauvaise nouvelle à vous annoncer… et dix questions à vous poser.

On y va ?

D'abord la mauvaise nouvelle : la fin du monde est pour la semaine prochaine.

Maintenant, la bonne nouvelle : vous serez le seul survivant (ou presque) et vous avez le pouvoir de sauver 10 monuments de votre Panthéon personnel.

A vous de désigner les heureux élus !

Le disque que vous souhaitez sauver
Pas une seconde d’hésitation : le London Calling des Clash. Au tournant des 70’s et des 80’s, cet album bouscule tous les repères existants. C’est d’abord un double album, ce qui est très rare hors enregistrements live. Mais surtout, contre l’avis de la maison de disque, le groupe, fidèle à son engagement politique jamais démenti, exige qu’il soit vendu au prix d’un simple. Et son contenu ! Dix-neuf titres, dix-neuf tubes potentiels qui mélangent avec une classe folle, et c’est là la vraie révolution initiée par les Clash, punk, rock, pop, jazz, ska et reggae. Et puis il faudrait parler de Train in Vain, dernier titre fantôme de la face B du second vinyle… ajouté à la toute dernière minute, alors que la pochette est déjà imprimée ! Il faudrait aussi parler des conditions d’enregistrement sous la férule du producteur fou Guy Stevens, et de la photo de pochette de Pennie Smith, et de… Non, plutôt que d’en parler, il faut l’écouter. Encore et encore !

Le film que vous souhaitez sauver
Indiana Jones, bien sûr ! Bon, je reconnais que la tétralogie de Steven Spielberg ne représente pas forcément le sommet de l’art cinématographique… Mais vous comprendrez que si je dois me contenter d’une œuvre et d’une seule, je choisisse de miser sur un (excellent) divertissement : le temps risque de paraître long après la fin du monde… Et puis avec l’inoxydable Indy, je pourrais à nouveau sillonner ce bon vieux monde disparu, me donnant un peu l’impression d’être le dernier "raider of the lost world" !

Le livre que vous souhaitez sauver
Victor Hugo ! Pour son fabuleux talent (une œuvre foisonnante en prose et en vers), pour sa vie incroyable (une avenue de Paris à son nom de son vivant !), pour son engagement sans concession (ses pamphlets, son exil)… Oui, je sais, je triche encore en répondant à côté de la question. Bon, d’accord, juste un livre… alors Les misérables. Un roman-fleuve, de ceux que l’on ne lâche plus avant la dernière page, de ceux qui font battre le cœur, qui font pleurer. Vous en connaissez beaucoup, vous, des romans qui ont laissé à la culture populaire cinq (cinq !) personnages aussi emblématiques que la pauvre Cosette, l’intrépide Gavroche (Je suis tombé par terre / C'est la faute à Voltaire / Le nez dans le ruisseau / C'est la faute à Rousseau), l’inflexible commissaire Javert, l’horrible Thénardier et Jean Valjean, le héros indépassable ?

La bande dessinée que vous souhaitez sauver
Certainement Astérix. Ou du moins les 24 premiers albums de la série, dont les scénarios sont signés par l’immense René Goscinny. Après, le pauvre Gaulois a connu une sorte de plongée vertigineuse dans la médiocrité dont la simple évocation me hérisse me poil. Mais avant cela, quel festival ! Et cette fois, ne me demandez pas de choisir, je prends tout, par Toutatis ! Et comme vous me dites que le ciel m’est déjà tombé sur la tête…

L'homme que vous souhaitez sauver
Jean Jaurès. Laïque, pacifiste, socialiste, républicain…Voilà quelqu’un pour qui j’ai une estime à toute épreuve. De son premier mandat de député du Tarn à 25 ans à son assassinat au café du Croissant, à Paris le 31 juillet 1914 par un étudiant nationaliste partisan de la guerre (qui sera acquitté lors de son procès en 1919 !), Jaurès fait un parcours sans faute et ne cède jamais à aucune compromission ou facilité. Total respect.

La femme que vous souhaitez sauver
J’ai une passion particulière pour les deux Marguerite de la littérature française, Duras et Yourcenar. Des vies extraordinaires, des personnalités fortes, des œuvres magnifiques… Avec L’amant ou Barrage contre le Pacifique pour la première et L’œuvre au noir ou les Mémoires d’Hadrien pour la seconde, elles sont tout en haut de mon panthéon personnel.

L'objet que vous souhaitez sauver
Aucune hésitation : mon MacBook ! Il y a tout dedans : ma musique, mes textes, mes photos…

L'émission télé que vous souhaitez sauver
Même si je lui trouve un petit côté France pompidolienne (alors qu’elle n’a commencé qu’au milieu des années 70) avec son paternalisme tranquille et assumé, je serais assez tenté de sauver Apostrophes… et Bernard Pivot avec. J’aime bien ce type plutôt sympa, au bon sens terrien, pas ramenard et gourmand de mots (même si sa dictée annuelle n’en finit pas de se caricaturer elle-même en hymne poujadiste aux vieux relents de "c’était mieux avant"). Et puis il a quand même quelques gros coups à son actif, le père Pivot : Nabokov, Lévi-Strauss, Dumézil, Borges ou Bukowski, ça a quand même de la gueule, non ?

Le plat que vous souhaitez sauver
Le foie gras. J’entends d’ici les murmures réprobateurs : "Et puis quoi encore, pourquoi pas le caviar pendant qu’on y est ?". Mais parce que je suis Périgourdin et que, dans le Périgord, on n’élève pas d’esturgeons ! On fait pire : on torture les oies et les canards… et on leur enlève leur foie malade pour le préparer minutieusement et le transformer en un met raffiné que j’a-do-re ! Un pain de campagne légèrement grillé (ne vous avisez jamais de me servir du foie gras avec du pain de mie !), un peu de gros sel, un verre de Monbazillac et le miracle culinaire agit immanquablement : ferme puis fondant (le foie gras), croustillant puis moelleux (le pain de campagne), légèrement amer (le foie gras), délicatement sucré (le Monbazillac)… Vous êtes sûr que vous ne voulez pas goûter ?

Votre oeuvre personnelle que vous souhaitez sauver
Alors là, vous tombez bien ! J’aimerais beaucoup sauver un petit coin de paradis niché dans un jardin tropical, près du lagon qui baigne la côte sud de la Grande Terre en Guadeloupe. J’y vis depuis quelques mois et je consacre l’essentiel de mon temps à rénover la villa qui est posée dessus, près de sa belle piscine turquoise. Et comme je ne suis pas égoïste, je vous invite à me rendre visite quand vous le souhaitez puisque j’y loue des chambres d’hôte (www.residence-alamanda.com)…

Merci, Joël Fompérie !

Nous transmettons votre liste à qui de droit…


Roland Caduf

© Etat-critique.com - 01/10/2009