Sur l’invitation d’un copain d’université, une bande de jeunes débarque dans un bungalow, à deux pas d’un lac, pour un petit week-end de détente. Mais le calme champêtre environnant est trompeur...
Dès la première nuit, les cinq camarades vont se retrouver engloutis dans un cauchemar démoniaque et sanguinolent.
Thomas Gunzig est un branque. J’ai sans doute déjà eu l’occasion de le dire, puisque le penser n’y suffisait pas. La lecture de Mort d’un parfait bilingue ou du Plus petit zoo du monde vous laisse hilare, avec l’impression d’avoir absorbé le condensé des œuvres cumulés des Monthy Python, de Michel Audiard et des Nuls. Un seul style semble prévaloir chez Gunzig : le portenaouak élevé au rang de building. Même si Kuru, son précédent roman, laissait un rien à désirer en terme d’histoire, il est à mettre au compte de cet auteur belge de 37 ans, quelques fous rire littéraires plutôt gratinés et salvateurs.
Inutile donc de préciser que l’arrivée d’un nouvel opus donne des démangeaisons. Ici, Gunzig apporte ce qu’il appelle sa "modeste contribution à une sous-culture", à savoir celle du slasher, ce genre venu des Amériques, issue du gore et qui consiste à faire se rencontrer un maximum de jeunes crétins avec un minimum de psychopathes décérébrés.
Ainsi, en guise d’introduction, Gunzig rend-il hommage à ce sous-genre dont on peut constater chaque été l’inestimable pauvreté en posant son derrière dans quelques salles obscures et suffisamment insonorisées pour que les hurlements des vierges ne viennent pas polluer l’ambiance sonore surchargée du dernier Bruce Willis. Et Gunzig est connaisseur en la matière. Il a tout vu et les citations de ses œuvres de chevets laissent craindre le pire pour la suite.
Sur le thème classique donc de Evil dead (des amis se rendent pour un week-end, dans une baraque de planche au centre d’une forêt d’un enviable verdoyant), Gunzig lâche donc ces cinq stupides étudiants aux motivations diverses et parfaitement codifiées (sexe, séduction, détente, haine de soi). On ne peut pas dire que les cents et quelques pages qui en découlent soient à la hauteur de l’hystérie qui habite généralement les textes de cet auteur. On sent même un certain bridage dans l’effort de coller aux arcanes du genre. Disons, plus simplement, qu’on est en terrain connu, donc déminé. On se dit qu’à défaut de surprise, on va franchement ricaner. Et bien pas vraiment. Gunzig reste finalement assez sage. Le portenaouak est ici utilisé non plus à usage narratif mais dépensé dans une débauche de monstres semi-liquides, certes très originaux mais tout compte fait pas si marrant que ça. Pas flippant non plus, d’ailleurs.
Au final, on a ce qu’on attendait de l’aspect slasher : tout le monde est mort dans des conditions peu hygiéniques. Mais pour l’aspect purement gunziguien de l’affaire, faudra visiblement attendre le prochain.
Sébastien D. Gendron
© Etat-critique.com - 12/02/2011